
Ça y est, plus de huit ans après le dépôt de plainte, le fabricant d’imprimantes Epson se retrouve, le 2 juillet prochain, devant le tribunal correctionnel de Nanterre, et devient la première entreprise au monde jugée pour obsolescence programmée. Le motif ? Des imprimantes qui prétendent que la cartouche est vide (alors qu’il reste parfois jusqu’à 20 % d’encre) et qui réduisent beaucoup trop préventivement la durée de vie des tampons encreurs.
Petite nuance importante : le 2 juillet n’est pas le verdict, mais une première audience de procédure. Le procès sur le fond, lui, se tiendra plus tard, et c’est seulement à son issue qu’Epson pourra être reconnu coupable, ou relaxé. La perspective d’une condamnation reste donc une hypothèse, pas un acquis.
Oui, mais voilà. La notion « d’obsolescence programmée » est loin de faire l’unanimité. Si elle permet de pointer du doigt de réels défauts de conception de nos produits technologiques sur le long terme, on se trompe en réalité de mot.
Ce que dit la loi en France
Reprenons depuis le début. La France a fait de l’obsolescence programmée un délit en 2015, avec la loi de transition énergétique. La définition est précise : « réduire délibérément la durée de vie d’un produit pour en augmenter le taux de remplacement ».

Pour un tel délit, la peine encourue est importante : deux ans de prison, 300 000 euros d’amende, et jusqu’à 5 % du chiffre d’affaires annuel pour l’entreprise. En pratique, toutefois, depuis dix ans, ce délit n’a jamais débouché sur une seule condamnation.


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Même Apple, épinglé pour le bridage de vieux iPhone, a payé 25 millions d’euros à la DGCCRF en 2020 : mais pour pratique commerciale trompeuse, pas pour obsolescence programmée. Le mot est donc souvent dans les conversations publiques et médiatiques, mais il ne figure presque jamais dans les jugements.
Quand l’obsolescence n’a rien de programmé
Pourquoi ? Parce que ce qu’on a trop tendance à appeller « obsolescence programmée » recouvre notamment des réalités qui n’ont rien d’un sabotage secret. On peut citer, par exemple, la contrainte de coût de fabrication. Un PC portable vendu 400 euros embarque des composants calibrés pour tenir trois ou quatre ans en usage normal. Mettre des pièces beaucoup plus durables doublerait certainement la facture. Ici, ce n’est pas un complot, c’est un arbitrage budgétaire (aussi discutable soit-il évidemment).
De simples évolutions technologiques sont parfois aussi étiquetées comme de l’obsolescence programmée. Un smartphone de 2018 peut ainsi toujours fonctionner sans problème majeur, mais ralentir considérablement sur les applications modernes qui ont tendance à devenir toujours plus gourmandes en ressources. Bref, la partie logicielle avance, mais le matériel ne suit pas forcément comme il faut. Là non plus, personne n’a programmé quoi que ce soit pour rendre le téléphone moins bon.
Epson, la vraie exception ?
Et c’est exactement là qu’Epson fait figure d’exception. L’association Halte à l’obsolescence programmée (HOP), à l’origine de la plainte, reproche au fabricant d’avoir bloqué l’impression alors que l’encre n’était pas épuisée, et d’avoir réduit artificiellement la durée de vie des tampons encreurs. Concrètement : le logiciel déciderait unilatéralement qu’un composant est HS, alors que ce n’est pas vrai.

Une barrière arbitraire, une ligne de code qui mine vraiment l’expérience proposée par un objet en parfait état. Si Epson est jugé coupable, on aurait donc affaire à une réelle programmation de l’obsolescence.
Et l’enjeu n’a rien d’anecdotique : en France, sur les 81 millions de cartouches consommées chaque année, deux tiers sont jetés sans être recyclées, selon HOP.
Le vrai problème est pire que le mythe
Maintenant, le plus important. Au-delà du débat autour de l’obsolescence programmée, il reste un problème systémique bien réel, et franchement plus grave : le choix assumé de la non-durabilité. Ou quand les marques ne programment pas la mort de l’appareil, mais qu’elles font tout pour qu’on ne puisse pas prolonger sa vie. Une nuance, oui, mais une nuance importante.
On pense ainsi à l’irréparabilité par conception : batteries collées impossibles à changer, RAM et stockage soudés à la carte mère, pièces détachées refusées aux réparateurs indépendants, etc. Autant de petits obstacles qui rendent le remplacement plus attrayant que la réparation. C’est d’ailleurs pour lutter contre cela qu’était né l’indice de réparabilité en France.

Le suivi logiciel est aussi une problématique majeure avec certains fabricants de téléphones particulièrement mauvais en la matière. C’est pour cela que l’Europe impose désormais un support logiciel minimal de cinq ans même si, et c’est une bonne chose, certaines marques se vantent d’aller jusqu’à sept ans de mises à jour.
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Ces bonnes initiatives n’empêchent malheureusement pas des constructeurs de proposer des fonctions logicielles uniquement sur le dernier modèle sorti (au moins temporairement) alors que, techniquement, rien n’empêche la précédente génération d’en profiter également.
Au fond, le débat sur le mot « obsolescence programmée » est presque un piège : à force de chercher le complot, on rate l’essentiel. Le procès Epson est précieux parce qu’il pointe du doigt une vraie anomalie logicielle, pas un fantasme. Mais pour le reste de nos appareils, le combat ne se gagnera pas au tribunal : il se gagnera sur la durabilité de nos produits. Le reste, c’est du bruit.
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