
Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, l’a annoncé lundi à Bruxelles : l’UE va agir pour encadrer l’accès des plus jeunes aux réseaux sociaux dans les 27 pays du bloc. Ce serait, selon Reuters, l’initiative la plus large jamais engagée sur le sujet en Europe. Elle s’appuie sur un rapport d’experts remis le matin même.
Le panel, coprésidé par l’épidémiologiste française Maria Melchior et le pédopsychiatre allemand Jörg Fegert, écarte l’interdiction totale et propose un accès par paliers. La réflexion se résume ainsi : tant qu’une plateforme n’a pas démontré qu’elle est sûre pour les enfants, elle ne devrait donner qu’un accès restreint aux moins de 13 ans. Concrètement, ces enfants n’y accéderaient que de façon limitée et sous la surveillance des parents, des enseignants ou d’autres adultes. L’accès s’élargirait ensuite au fil de l’âge. « Il ne s’agit pas de savoir si les enfants peuvent accéder aux réseaux sociaux, mais si et quand les réseaux sociaux peuvent accéder à nos enfants », a résumé von der Leyen.


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La plupart des plateformes, d’Instagram à TikTok, interdisent déjà l’inscription avant 13 ans, mais la limite se contourne en deux clics. Le débat sur les applications pensées pour les plus jeunes n’est pas neuf : Meta va d’ailleurs affronter la justice américaine après que des documents internes ont révélé qu’Instagram avait été conçu comme une « drogue » pour les adolescents.
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13, 15 ou 16 ans : le chiffre qui fâche
Le chiffre exact est loin d’être tranché. Le Parlement européen réclamait en octobre une interdiction sous les 16 ans, et plusieurs eurodéputés tiennent encore cette ligne. « Je crois toujours que l’âge devrait être 15 ans, pas 13. 13 ans est déjà l’âge minimum requis par la plupart des grandes plateformes de réseaux sociaux aujourd’hui », a réagi la députée européenne Christel Schaldemose après la remise du rapport.
Von der Leyen citait pourtant jusqu’ici l’exemple australien, calé sur 16 ans. Le panel a d’ailleurs relevé que ce modèle se contourne facilement : en Australie, les adolescents ont vite trouvé la parade.
La France prise de vitesse
La France, elle, s’est lancée seule dans une interdiction pour les moins de 15 ans. Sauf que Bruxelles vient de freiner le texte français, au nom d’une règle harmonisée entre les 27. Les difficultés françaises ne datent pas d’hier : le projet avait déjà du plomb dans l’aile peu après son annonce, le gouvernement poussait un calendrier très serré pour la rentrée, et plusieurs voix expliquaient pourquoi la promesse serait difficile à tenir. L’idée d’un bannissement à l’échelle européenne, elle, circule depuis fin 2025.
Les messageries et jeux vidéo aussi dans le viseur
Au-delà de l’âge, le rapport veut s’attaquer au design addictif des réseaux sociaux : défilement infini, lecture automatique, notifications en rafale. Le rapport ne se limite d’ailleurs pas aux réseaux sociaux au sens strict. Il vise ce que le panel appelle les « réseaux sociaux plus », c’est-à-dire tous les services qui reprennent les mêmes ressorts addictifs : jeux vidéo, messageries et compagnons IA seraient logés à la même enseigne que Facebook, Instagram, TikTok, YouTube ou Snapchat. De quoi élargir considérablement le champ d’une future loi.
La proposition formelle est attendue dans les prochaines semaines. Elle passera ensuite par le Parlement européen et les États membres, et c’est là que le bras de fer sur l’âge va vraiment se jouer. En parallèle, la Commission prépare une application de vérification d’âge, censée prouver qu’on a l’âge requis sans dévoiler son identité.
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