Après Huawei, les États-Unis envisagent un embargo sur Honor malgré son indépendance

 

Les départements d'État, du commerce, de l'énergie et le Pentagon discuteraient d'une éventuelle inscription d'Honor sur la liste des entités avec lesquelles les entreprises américaines n'auraient presque plus le droit de commercer. Cela n'est pas sans rappeler l'embargo qui frappe encore l'ancien propriétaire d'Honor, à savoir Huawei.

Honor Magic 3 et Magic 3 Pro

Honor Magic 3 et Magic 3 Pro // Source : Honor

Peu après son installation, l’administration Biden avait vite éclairci ses intentions concernant Huawei et l’embargo qui pèse sur l’entreprise chinoise, en décidant de maintenir l’étau bien serré. Avec les conséquences qu’on connaît sur les ventes de smartphones de l’entreprise chinoise. Eh bien tout indique que Honor pourrait suivre la même voie.

Que risque Honor concrètement ?

Honor avait pris son indépendance de Huawei pour pouvoir récupérer le Play Store et les apps Google et ainsi récupérer sa marge de manœuvre, non sans difficultés. Mais selon un article du Washington Post, les principales agences de sécurité américaines seraient en train de débattre de l’opportunité de placer Honor sur une liste noire d’exportation.

Concrètement, ces discussions visent à décider si oui ou non, Honor va être inscrit sur une liste noire du département du commerce. Si une entreprise vient à être inscrite sur cette liste, les exportations de technologie américaine vers celle-ci (on pense aux services Google par exemple) deviennent interdites sans licence spéciale.

Pourquoi l’inscription sur liste noire n’est pas (encore) certaine ?

Pour l’heure, Honor ne serait pas encore officiellement dans le pétrin, car les quatre agences présentes autour de la table ne sont pas parvenues à se mettre d’accord. Le Pentagone (équivalent du ministère de la Défense) et le ministère de l’Énergie auraient tous deux souhaité qu’Honor soit placé sur la liste noire. En face, les départements du Commerce et le département d’État (équivalent des affaires étrangères) ne le désirent pas.

Le Huawei P50 Pro

Le Huawei P50 Pro // Source : Huawei

D’après ce que rapporte le Post, face au blocage des discussions, « la question a été portée en appel au niveau des mandataires politiques des quatre agences », écrit le journal. Si ces derniers viennent à nouveau à ne pas tomber d’accord, ce pourrait être le président Biden qui tranche directement la question.

Pour rappel, les autorités américaines avaient justifié l’embargo contre Huawei en avançant que l’entreprise représente une menace pour la sécurité de leurs citoyens. Son rôle prépondérant dans les infrastructures réseau et notamment sur la 5G a notamment été montré du doigt. Les États-Unis estimant que la firme pourrait utiliser ses infrastructures à des fins d’espionnage pour le compte de la Chine.

La vente d’Honor, une évasion ?

Là encore, une déclaration de la porte-parole du département du commerce, qui a initié les discussions, semble mener vers des considérations similaires pour Honor. Brittany Caplin a ainsi déclaré :

Nous restons déterminés à utiliser une gamme complète d’outils, y compris les contrôles à l’exportation, pour décourager les efforts de la Chine [République populaire de Chine] et d’autres pays qui cherchent à tirer parti de la technologie de manière à nuire à la sécurité nationale et aux intérêts de la politique étrangère des États-Unis

Par ailleurs, une douzaine de législateurs républicains ont écrit directement à la secrétaire d’État au commerce, Gina Raimondo pour l’inciter à inscrire Honor sur cette fameuse liste noire. Les signataires indiquaient notamment que la vente d’Honor par Huawei équivalait à une « évasion du contrôle des exportations ».

Si on résume leurs arguments, les sénateurs républicains considèrent que les préoccupations qui ont mené à bannir Huawei devraient se maintenir sur Honor, puisque l’entreprise est soutenue par l’État chinois. Ils considèrent aussi que le fait qu’Honor soit une plus petite structure la rend plus « discrète » et qu’il s’agirait là d’une volonté de « déjouer les sanctions américaines ».

Pourquoi la balance pourrait peser du côté d’Honor

Le dirigeant de la branche technologie du cabinet de conseil Eurasia Group, Paul Triolo, tempère pour sa part auprès du Washington Post. « Il est assez difficile de démontrer que la fabrication de téléphones portables par Honor constitue une menace pour la sécurité nationale », déclare-t-il.

Un dernier élément pourrait jouer dans la balance en faveur du groupe chinois. Depuis son indépendance, Honor traite directement avec Qualcomm, une entreprise américaine donc, qui lui fournit des puces pour ses derniers téléphones. Exclure Honor pourrait être contreproductif pour un leader de l’industrie américain, même si les volumes de vente d’Honor ne sont probablement pas encore suffisants pour être vraiment déterminants.

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