J’ai testé le Leica Q3, le compact plein format qui vous force à voir le monde autrement

Un appareil d'exception

Le Leica Q3 est un compact plein format à objectif fixe. 60 mégapixels, un Summilux 28 mm f/1,7 stabilisé, un autofocus hybride, la vidéo 8K. À 6 250 euros. C'est beaucoup. C'est même une somme déraisonnable pour beaucoup de photographes. On fait le point sur ses qualités mais aussi ses défauts.
Le Leica Q3
 

Leica existe depuis plus de cent ans. La marque de Wetzlar a construit sa réputation sur l’optique de précision et sur des appareils qui ont accompagné les plus grands photographes de l’histoire. Cartier-Bresson, Capa, Koudelka. Ces noms ne sont pas là par hasard. Il y a une philosophie derrière chaque appareil photo Leica : la sobriété, la discrétion, la primauté de l’image sur la technique.

Aujourd’hui, Leica développe activement sa gamme plein format sans miroir SL, ses télémètres M qui évoluent lentement mais sûrement, et ses compacts experts de la série Q. C’est cette dernière famille qui nous intéresse ici. Lancée en 2015 avec le Q original, elle a donné le Q2 en 2019, puis ce Q3 en mai 2023. Chaque génération a renforcé le concept de base : un compact plein format, un seul objectif fixe, une utilisation aussi épurée que possible.

En septembre 2024, Leica a introduit une déclinaison inattendue : le Leica Q3 43, équipé d’un objectif APO-Summicron 43 mm f/2 inédit. Même capteur, même boîtier, focale différente. Pensé pour la photo de rue et le reportage, là où le 28 mm du Q3 classique serait trop englobant. À 6 250 euros, il se positionne comme une alternative complémentaire plutôt que concurrente. Si vous êtes plutôt paysage, architecture, voyage : le Leica Q3 28 mm. Si vous cherchez une perspective plus proche de l’œil humain, le portrait discret, l’intimité de rue : le Leica Q3 43. Et si vous êtes un peu des deux, l’addition va être sérieusement salée.

Leica Q3

Mais c’est bien le Leica Q3 28 mm qui est au cœur de ce test. Celui qu’on vous présente ici, qu’on a emmené partout pendant plusieurs semaines.

Leica Q3Spécifications techniques

Modèle Leica Q3
Type d’appareil Compact
Format du capteur Full Frame
Résolution capteur 62,39 Mpx
Stabilisateur d’image Optique
Définition enregistrement vidéo 8K
AF-S 14 FPS
Écran orientable Oui
Poids 658 g
Fiche produit

Ce test a été réalisé avec un appareil prêté par Leica.

Leica Q3Corps, commandes et partis pris

Le Leica Q3 est fabriqué en alliage de magnésium. La construction est dense, homogène, presque minérale. On est loin de la prise en main légère d’un compact classique : avec batterie, carte et pare-soleil, l’appareil atteint 788 g. Ça surprend la première fois. On sent qu’on tient quelque chose de sérieux, et ce sentiment ne se dément pas au fil des sessions.

Leica Q3

Côté gabarit, le Q3 mesure 130 x 80,3 x 93,5 mm objectif compris. Le Q3 est donc compact, mais n’est pas non plus un modèle d’intégration ultra-poussée, l’objectif semblant plus greffé sur le corps de l’appareil que profondément intégré.

Le design s’inspire directement des télémètres M, comme le Leica M11 : plaque supérieure étagée, coins arrondis, finitions soignées. Le point rouge Leica en façade est sobre, immédiatement reconnaissable, et paradoxalement discret en rue — personne ne sait vraiment ce qu’est un Leica Q3, hormis les photographes.

L’objectif est proéminent. C’est inévitable avec un Summilux 28 mm f/1,7, la luminosité impose un certain gabarit de lentilles et de fût. La bague d’ouverture focale est gravée et cliquetée avec une précision horlogère, et dispose d’une position A (automatique). La bague de mise au point, douce et amortie, donne envie de travailler en manuel (le focus peaking intégré le permet très facilement). Un interrupteur dédié sur le barillet permet de basculer en mode macro. Ces commandes physiques directement sur l’objectif donnent une expérience de prise de vue particulière — on se sent plus proche du travail photographique que du paramétrage d’un outil numérique.

Leica Q3

Sur la plaque supérieure, on trouve une molette de vitesse d’obturation gravée, cliquetée par incréments d’un tiers de valeur, avec une position A. À côté, un bouton de fonction personnalisable et le déclencheur fileté, qui accepte un déclencheur souple vissé — un détail très M-series, très apprécié. À l’arrière, une molette de commande, quelques boutons bien positionnés et le joystick AF complètent l’ensemble. Tout tombe sous les doigts naturellement après quelques jours. Pas besoin de regarder le boîtier pour changer un réglage courant.

Leica Q3

Connectique basique et lecteur SD unique

La connectique est regroupée sous un volet sur le flanc gauche de l’appareil : un port USB-C (3.1 Gen 2, 10 Gbit/s) qui sert à la fois à la charge, au transfert de données et à la connexion de microphones Rode compatibles, ainsi qu’un micro-HDMI pour la sortie vidéo. C’est compact mais fonctionnel. En revanche, pas de prise jack 3,5 mm. Pour le son en vidéo, il faudra s’adapter. La trappe batterie et carte SD se trouve sous l’appareil. Un seul slot pour carte SD, UHS-II compatible — certains concurrents proposent un double slot à ce niveau de prix. Sur un appareil de ce positionnement, on aurait pu espérer mieux.

Leica Q3

La batterie BP-SCL6 se retire facilement, mais la trappe sous l’appareil impose de poser le boîtier pour changer de carte : pas le plus pratique sur le terrain.

L’absence de grip natif est le principal reproche ergonomique. La façade avant est totalement lisse. Sans accessoire, on tient l’appareil avec les doigts enroulés sous l’objectif, ce qui fatigue sur la durée. Leica propose un repose-pouce et des poignées optionnelles — mais ça gonfle l’addition. Pour un appareil à ce tarif, une solution native aurait été légitime, mais on peut comprendre que Leica ait absolument tenu à ce look lisse.

La certification IP52 est une bonne nouvelle. L’appareil résiste aux projections d’eau et à la poussière — pas de tropicalisation totale, mais une protection sérieuse pour un usage quotidien en extérieur, par temps couvert ou sous un crachin.

Leica Q3

Les menus méritent qu’on s’y attarde. Leica a revu son interface depuis le firmware 4.0 pour s’aligner sur les boîtiers SL3, avec des écrans dédiés pour la photo d’un côté, la vidéo de l’autre. C’est plus lisible, mieux organisé. Les icônes ont été repensées, les accents de couleur (rouge pour la photo, jaune pour la vidéo) aident à la navigation. Cela dit, la logique Leica reste la logique Leica : sobre, directe, sans les raccourcis intelligents ou les menus personnalisables façon Sony. Il faut prendre le temps d’apprendre où les choses se trouvent. Ce n’est pas long — l’interface n’est pas complexe — mais l’appareil ne fait pas d’efforts pour vous accueillir. C’est à vous de vous adapter à lui.

Leica Q3Voir avant de déclencher

Le Q3 est le premier Leica numérique à proposer un écran inclinable. C’était l’un des reproches récurrents adressés au Q2. C’est corrigé ici. L’écran de 3 pouces bascule vers le haut pour les prises de vue au ras du sol ou la street photography discrète au niveau de la hanche, et vers le bas pour les prises de vue en hauteur. La charnière est solide, sans jeu perceptible. Elle ne donne pas l’impression de fragilité.

Leica Q3

La résolution de l’écran monte à 1,84 million de points, contre 1,04 million sur le Q2. L’image est nette, les détails fins lisibles, les couleurs justes. La luminosité est suffisante pour une utilisation en extérieur dans la grande majorité des conditions, même si le plein soleil intense reste un défi comme sur tout écran d’appareil photo. L’écran est tactile : on peut déplacer la zone AF d’un toucher, naviguer dans les menus, zoomer sur une image en lecture. Ça fonctionne bien et répond avec précision. Parfait.

Le viseur électronique OLED offre 5,76 mégapixels et un grossissement de 0,76x. C’est le même que celui des Leica SL2 et SL2-S, deux boîtiers à vocation professionnelle. En pratique, la visée est claire, lumineuse, avec un rafraîchissement à 120 Hz qui supprime toute impression de traîne même lors des panoramiques rapides. Le dégagement oculaire de 20,75 mm permet une utilisation confortable avec des lunettes. On y colle l’œil volontiers. Un capteur de proximité gère le basculement automatique entre écran et viseur, avec la possibilité de verrouiller ce comportement.

Leica Q3Un objectif sans concession

C’est le cœur de l’appareil, et ce qui le distingue vraiment de tout ce qui existe dans ce format. Le Leica Summilux 28 mm f/1,7 ASPH est une optique d’exception : 11 éléments en 9 groupes, dont 3 lentilles asphériques, une construction entièrement métallique, des inscriptions gravées dans la masse. Ce n’est pas une optique conçue pour tenir dans un budget — c’est une optique conçue pour être la meilleure possible.

Leica Q3

La focale fixe impose une discipline. On ne zoome pas. On se déplace. On cadre avec les jambes. Pour certains, c’est une contrainte rédhibitoire. Pour d’autres — et c’est la philosophie Q — c’est une liberté. On ne cherche plus à remplir le cadre avec le zoom. On cherche le bon rapport au sujet. Ça change la façon de photographier, et rarement en mal.

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Sur le terrain, les performances optiques sont hors catégorie. Le piqué est impressionnant dès la pleine ouverture à f/1,7. L’homogénéité sur tout le champ est remarquable — les bords ne rendent pas sensiblement moins bien que le centre, ce qui n’est pas courant sur une grande ouverture à cette focale. À f/2,8, on atteint un niveau de netteté difficile à prendre en défaut. Les aberrations chromatiques sont très bien contenues. On observe une infime frange violette sur certains éléments en fort contre-jour, mais elle reste discrète et se corrige facilement en post-traitement.

Le flare existe. Face à une source lumineuse intense, quelques artefacts jaunes ou verts peuvent apparaître à proximité des lumières vives. C’est marginal dans des conditions normales de prise de vue, et nettement moins présent que sur un zoom comparable.

La stabilisation optique est intégrée à l’objectif. Leica l’a conçue pour s’activer progressivement selon les besoins : elle entre en action surtout aux vitesses lentes, sans parasiter l’image dans le viseur. En pratique, elle permet de descendre à des vitesses très basses à main levée avec une fiabilité convaincante — et c’est un avantage décisif face au Sony RX1R III, qui en est dépourvu.

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Le mode macro mérite quelques mots — et quelques nuances. Un interrupteur sur le barillet fait passer la distance minimale de mise au point de 30 cm à 17 cm. C’est utile pour photographier un objet posé sur une table, une fleur de près, un détail de texture. Mais on reste sur un 28 mm grand-angulaire : à 17 cm du sujet, la perspective est très englobante, et l’effet de séparation sujet/fond reste limité. Ce n’est pas une macro au sens strict — ne pas s’attendre aux résultats d’un 90 mm ou d’un 100 mm macro dédié. Ça reste un bonus pratique pour un compact, pas une fonction principale.

Le zoom numérique permet d’émuler les focales 35, 50, 75 et 90 mm par recadrage. Les fichiers RAW conservent toujours la totalité des 60 mégapixels — le recadrage n’affecte que les JPEG, et le choix de la focale d’affichage est donc réversible en post. À 35 mm, on obtient encore environ 36 mégapixels effectifs. À 90 mm, on est autour de 6 mégapixels — suffisant pour une impression A4 raisonnable, mais on touche les limites.

Leica Q3Un capteur plein format de 60 MP

Le capteur BSI-CMOS 60 mégapixels plein format est le même que celui du Leica M11, intégré ici avec des éléments de détection de phase pour l’autofocus.

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Il partage sa dalle avec le Sony A7R V — et, depuis juillet 2025, avec le Sony RX1R III, le concurrent le plus direct du Q3. C’est l’un des meilleurs capteurs disponibles dans ce segment, sinon le meilleur plein format pour la photo, et ça se ressent immédiatement à l’usage.

La plage ISO s’étend de 50 à 100 000. Les fichiers RAW en résolution maximale pèsent environ 80 à 85 Mo. En pratique, ISO 3 200 produit des images très propres, avec un bruit fin et bien structuré qui ne détruit pas les détails. À ISO 6 400, les résultats restent très exploitables. On peut pousser jusqu’à 12 500 ISO dans des conditions difficiles — la finesse est perceptiblement moindre, mais les images restent utilisables. La plage dynamique est généreuse : récupérer deux stops dans les ombres en RAW est facile et ne fait pas apparaître de bruit. Les hautes lumières sont également rattrapables si on n’a pas surexposé massivement.

JPEG et profils Look

C’est ici que les choses se compliquent un peu. Les JPEG sortis par défaut du Q3 sont techniquement irréprochables — précis, bien exposés, colorimétrie neutre — mais un poil ternes. Plats. Ils n’ont pas l’attrait immédiat des JPEG d’un Fujifilm avec ses simulations de pellicules, ni le punch des rendus Sony. Pour obtenir des images vraiment séduisantes à la sortie de l’appareil, il faut configurer des profils Look.

Ces profils peuvent être téléchargés et gérés via l’application Leica FOTOS sur smartphone. La communauté d’utilisateurs en a produit un certain nombre, et certains photographes partagent leurs recettes calibrées pour le Q3 : des signatures colorées, des émulations de films argentiques, des rendus contrastés ou désaturés. Il ne faut surtout pas s’en priver.

Mais il y a une limite frustrante : seulement six profils Look peuvent être stockés simultanément sur l’appareil. C’est peu, surtout quand on finit par en accumuler une dizaine dans l’app qui correspondent à des situations différentes. Il faut faire des choix, gérer des rotations. Pour un appareil à ce tarif, on aurait attendu une limite plus généreuse.

Le profil noir et blanc mérite une mention à part. Il produit un rendu monochrome séduisant, avec un contraste naturel et une gestion des tons qui rappelle ce qu’on obtient en jouant avec des filtres colorés sur film. Mais c’est en post-traitement que le potentiel noir et blanc du Q3 se révèle vraiment. La latitude offerte par les 60 MP et la grande dynamique du capteur permet des récupérations dans les ombres et les hautes lumières que peu d’appareils autorisent. Si vous êtes attaché au noir et blanc travaillé, le Q3 est à considérer sérieusement.

Jpeg avec profil Leica Look
Jpeg par défaut

Autofocus fiable et assez rapide

Le Q3 bénéficie d’un système AF hybride : détection de phase, détection de contraste et DFD (Depth From Defocus), complété par une reconnaissance intelligente du sujet — visages, yeux, corps, animaux. C’est le résultat direct du partenariat entre Leica et Panasonic, qui partage ici des technologies issues des Lumix S5 II.

En pratique, l’autofocus est rapide et fiable dans la grande majorité des situations. La détection de visage et d’œil s’active quasi instantanément, accroche bien et ne lâche pas en conditions normales. Le suivi sur sujet mobile en plein jour est satisfaisant. C’est un progrès considérable par rapport au Q2 et son AF à détection de contraste seule, qui patinait inévitablement. Les limites apparaissent en faible lumière sur des sujets en mouvement rapide : là, l’AF hésite et peut décrocher.

Le Q3 n’est pas un appareil de sport. Pour de la photo de rue posée, du portrait, du voyage, du paysage : aucun problème. Pour de l’action frénétique, il s’impose moins.

Leica Q3

Basculer rapidement entre plusieurs sujets via les commandes physiques reste peu pratique. Les touches arrière ne sont pas idéalement placées pour une manipulation rapide à l’instinct. C’est un reproche récurrent sur la série Q, et il est toujours d’actualité.

Un processeur qui tient la cadence

L’obturateur mécanique couvre de 120 secondes à 1/2 000s. L’obturateur électronique monte à 1/16 000s, ce qui est utile pour les grandes ouvertures en plein soleil. La cadence en rafale atteint 15 images par seconde en 12 bits (dynamique légèrement réduite, sans suivi AF), 9 fps en 14 bits (pleine dynamique), ou 4 fps avec suivi AE/AF complet en 14 bits. Le buffer est généreux pour ce type d’appareil.

Leica Q3Sur le terrain

Le Q3 change la façon de photographier. Ce n’est pas qu’une formule. L’objectif fixe, les bagues mécaniques, le poids équilibré : tout pousse à ralentir, à regarder avant de déclencher. On ne mitraille pas avec un Q3, d’ailleurs il n’est pas très rapide. On attend, on cadre, on choisit son moment… c’est un état d’esprit.

La focale de 28 mm force à se rapprocher des sujets pour obtenir de l’engagement dans l’image. C’est parfois inconfortable, en photo de rue notamment, on entre dans l’espace des gens, et il faut l’accepter. Mais c’est précisément cette contrainte qui produit souvent les meilleures images.

Leica Q3
Jpeg avec filtre look

La balance des blancs automatique est ultra-fiable dans des conditions variées et donne confiance pour ne shooter qu’en JPEG. Les couleurs rendues par le Q3 ont une qualité particulière, difficile à définir objectivement : une certaine neutralité qui peut décevoir de prime abord, une saturation discrète, presque trop. C’est propre, naturel, crédible. Avec un profil Look bien choisi, les JPEG peuvent être très convaincants. Mais comme dit plus haut, il faut y mettre du sien — l’appareil ne livre pas son meilleur d’emblée, sorti de la boîte.

Le grip reste le point de friction principal sur le terrain. Sur les sessions courtes ou dans les conditions où on pose doucement, ça passe. Sur une journée entière, avec l’objectif proéminent qui attire le poids vers l’avant, l’absence de grip natif se fait sentir.

Le Summilux 28 mm f/1,7 est l’argument principal. Il offre une ouverture lumineuse qui change vraiment le rapport à la basse lumière : là où le Sony RX1R III plafonne à f/2 sans stabilisation, le Q3 peut exposer à f/1,7 avec une compensation optique des bougés. Le bokeh à courte distance est élégant, doux, sans les artefacts en oignon qu’on trouve parfois sur des optiques moins bien construites.

Leica Q3
On se heurte souvent aux limites du 28 mm avec les sujets éloignés séduisant à l’oeil, mais trop petits sur la photo // Source : Tristan Jacquel

De retour chez soi, on découvre des fichiers RAW très malléables. Sous Lightroom ou Capture One, les fichiers DNG du Q3 répondent très bien aux corrections d’exposition, de contraste et de couleur, sans caricature. On récupère facilement deux stops dans les ombres sans arrachage de couleur visible. Les hautes lumières sont tolérantes si on n’a pas trop forcé l’exposition (en mode auto, c’est toujours impeccable).

Le passage en noir et blanc des RAW est séduisant : le capteur 60 MP en N&B est particulièrement généreux sur la gradation des tons : les peaux, les ciels, les zones de transition entre lumière et ombre sont traités avec nuance. En post-traitement, travailler la courbe et les tons sur ces fichiers est un plaisir.

Leica Q3Vidéo

Le Q3 filme en 8K (16:9 ou C8K 17:9) jusqu’à 30 ips, en 4K (16:9 ou C4K 17:9) jusqu’à 60 ips et en Full HD jusqu’à 120 ips. Il propose du H.265 (HEVC) en 10-bit, avec du 4:2:2 possible en 4K, ainsi que du ProRes 422 HQ — ce dernier étant limité au 1080p/60. Pour un compact, l’offre reste solide, même si la 8K et la 4K reposent sur un léger crop du capteur 60 MP, tandis que le Full HD bénéficie d’une lecture plus proche du plein capteur.

La connectique passe par l’USB-C (3.1 Gen 2) et le micro-HDMI. L’appareil accepte les micros Rode via USB-C, mais l’absence de prise jack 3,5 mm reste un vrai manque pour les micros-cravates ou directionnels classiques.

En pratique, la qualité d’image est excellente en bonne lumière : la 4K est très détaillée et le piqué du Summilux 28 mm f/1,7 apporte une finesse et un rendu optique premium. La stabilisation optique aide à main levée pour les plans calmes, mais ne suffit pas pour des mouvements fluides en marchant.

L’autofocus en vidéo se montre plus hésitant qu’en photo, avec des risques de décrochage ou de pompage sur les sujets rapides et en faible contraste.

S’ajoutent un rolling shutter assez marqué (distorsions visibles lors des panoramiques rapides) et une surchauffe perceptible après 10 minutes en 8K ou 4K/60p. Enfin, l’enregistrement est limité à 29 minutes par clip.

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Le Q3 n’est pas une caméra vidéo dédiée : c’est avant tout un excellent appareil photo capable de délivrer des images vidéo de qualité lorsqu’on lui demande des plans courts, maîtrisés et esthétiques.

Leica Q3Autonomie

La batterie BP-SCL6 offre une autonomie correcte sans être généreuse. Dans un usage photo normal — viseur et écran mélangés —, comptez environ 350 à 400 prises par charge. C’est suffisant pour une demi-journée de shooting intensif, mais une journée complète impliquera de partir avec une batterie de secours. En vidéo 8K, l’autonomie tombe rapidement, et il vaut mieux investir dans une seconde batterie.

Leica Q3

La charge se fait via USB-C, ce qui permet d’utiliser une batterie externe en déplacement. Leica propose également un grip de charge optionnel avec recharge sans fil Qi intégrée.

Leica Q3Prix et concurrence

Le Leica Q3 28 mm est vendu 6 250 euros. Le Q3 43, sorti en septembre 2024, est affiché à 6 750 euros.

Le segment du compact expert plein format à objectif fixe était quasi désert depuis des années. Il s’est subitement peuplé.

Sony RX1R III (4 899 euros). Sorti en juillet 2025, il partage le même capteur BSI de 61 mégapixels dans un boîtier encore plus compact (113 × 68 × 88 mm, 454 g). C’est le plus petit appareil plein format du marché — et ça se voit immédiatement dans la main. L’objectif Zeiss Sonnar T 35 mm f/2 est une formule optique de 2012, mais elle reste excellente au centre et supporte très bien la résolution du capteur. L’autofocus hybride assisté par IA est dans l’ensemble plus réactif que celui du Q3 sur les sujets rapides. En revanche, le Sony fait des concessions importantes pour sa compacité : pas de stabilisation optique, pas d’écran inclinable (paradoxalement, le RX1R II en avait un), pas d’étanchéité certifiée. Le viseur embarqué est de résolution modeste. Et les menus Sony, denses et foisonnants, contrastent franchement avec la lisibilité de l’interface Leica. Sur le plan optique pur, le Summilux 28 mm f/1,7 garde une longueur d’avance : plus lumineux d’un stop, plus homogène sur les bords, et stabilisé.

Fujifilm X100VI (~1 800 euros). Un autre monde, un autre prix. Capteur APS-C de 40 mégapixels, objectif Fujinon 35 mm f/2 (équivalent plein format), stabilisation 6 axes, format vraiment poche. L’expérience utilisateur Fujifilm est à part, attachante, organique, portée par un écosystème de profils Velvia/Provia/Acros qui font l’identité de la marque. C’est précisément là que le Q3 a quelque chose à apprendre : ses profils Look par défaut sont ternes là où Fujifilm livre des rendus immédiatement séduisants. L’autofocus du X100VI peut décevoir sur les sujets rapides, et le piqué général, bien que bon, ne joue pas dans la même catégorie que le Summilux. Mais à un quart du prix du Q3, il répond à un tout autre besoin — et le comparer directement a peu de sens, si ce n’est pour illustrer ce que 4 000 euros supplémentaires apportent en termes de rendu optique et de taille de capteur.

Ricoh GR IV (1349 euros). Un autre angle d’attaque. Capteur APS-C de 25,6 mégapixels, objectif GR 28 mm f/2,8, même focale que le Q3, même format de prise de vue (ultracompact) pensé pour la rue. Le GR IV est le compact de poche par excellence : moins de 250 g, tient dans une veste, se dégaine en une seconde. L’optique Ricoh n’a rien à envier à beaucoup de fixe focale du marché : elle est nette, bien corrigée, et le rendu GR a ses fans inconditionnels depuis des années. Les profils noir et blanc du GR IV sont parmi les plus séduisants du marché. Mais le capteur APS-C plafonne là où le plein format du Q3 s’épanouit : dynamique plus limitée, bruit plus présent à hautes sensibilités, pas de bokeh comparable à f/2,8. L’autofocus reste perfectible sur les sujets mobiles. Et l’expérience utilisateur est très différente, minimaliste, sans viseur, sans écran inclinable. Entre le GR IV et le Q3, ce ne sont pas deux appareils qui s’adressent au même photographe. Mais ils partagent la même conviction : une seule focale, maîtrisée à fond.

Notre avis sur Le Leica Q3

Design
8
Construction tout métal, certification IP52, poids conséquent pour un compact. L'écran inclinable change vraiment la donne par rapport au Q2. Le viseur OLED 5,76 Mp est excellent. Les menus revus depuis le firmware 4.0 sont plus lisibles, mais la logique Leica reste à apprendre. L'absence de grip natif et le slot SD unique sont les points faibles de l'ergonomie à ce tarif.
Logiciel
8
L'interface du Q3 a gagné en lisibilité avec le firmware 4.0 — les écrans photo et vidéo bien séparés, les icônes repensées, la navigation plus fluide. Les mises à jour sont gratuites et régulières, ce qui est loin d'être universel dans la gamme Leica. L'application FOTOS permet de piloter l'appareil à distance, de transférer les images et de gérer les profils Look.
Photo
9
Le Summilux 28 mm f/1,7 est une référence absolue. Piqué stratosphérique, aberrations chromatiques très contenues, bokeh élégant. Mais les JPEG par défaut manquent de punch — il faut configurer ses profils Look via l'app Leica FOTOS, avec la contrainte des six presets max stockables, ou bien ajuster les réglages de contraste et saturation par défaut dans l'appareil. En RAW, les fichiers sont parmi les plus riches du segment, et il ne faut pas hésiter à tirer dessus pour extraire une somme de détails impressionnante.
Vidéo
8
La 8K/30p et la 4K/60p avec ProRes 422 HQ placent le Q3 dans une autre catégorie pour un compact. L'absence de prise jack reste un vrai manque. L'AF en vidéo est moins convaincant qu'en photo. Même si le Q3 n'est pas taillé spécialement pour la vidéo, pouvoir filmer en 8K30p reste un argument sérieux.
Note finale du test
8 /10
Le Leica Q3 est une réussite technique et photographique quasi sans défaut. Son capteur 60 mégapixels plein format produit des fichiers parmi les plus riches du segment. Son optique Summilux 28 mm f/1,7 est l'une des meilleures focales fixes disponibles tout format confondu, avec un piqué souvent époustouflant. Son autofocus hybride a rattrapé les lacunes du Q2 et son écran inclinable transforme les possibilités de cadrage. La certification IP52 rassure en usage quotidien.

L'absence de grip natif finit par agacer. Le slot SD unique, la trappe sous l'appareil, l'absence de jack : ce sont des compromis que d'autres appareils à ce tarif ne font pas. Et le prix est une barrière que beaucoup ne franchiront pas — et c'est logique.

Le Q3 n'est pas un appareil pour tout le monde, et il n'est pas tant question de son prix élitiste que des contraintes inhérentes à sa focale fixe de 28 mm. Celle-ci confine l'appareil aux paysages et aux cadrages larges en général, sans guère de possibilité de s'aventurer à faire des portraits convaincants (pour cela, il existe le Q3 43). Autre aspect, les JPEG par défaut manquent de personnalité — il faudra consacrer du temps à configurer des profils Look pour en tirer le meilleur, avec une limite frustrante de six presets stockables à la fois.

Pour qui prend le temps de shooter en RAW, de post-traiter, d'apprendre la focale de 28 mm, c'est l'un des appareils les plus gratifiants du marché. Les 60 mégapixels combinés au Summilux donnent une latitude de recadrage et une richesse de détails que rien de comparable dans ce format n'égale vraiment.

Points positifs du Leica Q3

  • Objectif Summilux 28 mm f/1,7 ASPH parmi les meilleures focales fixes du marché

  • Capteur BSI-CMOS 60 MP plein format exceptionnel

  • Autofocus hybride (PDAF + CDAF + DFD) avec reconnaissance du sujet, visage, œil, animal

  • Excellent comportement en haute sensibilité (ISO 6 400 très propre)

  • Écran 3 pouces inclinable

  • Viseur OLED 5,76 mégapixels à 120 Hz,

  • Certification IP52 — résistance aux projections et à la poussière

  • Vidéo 8K/30p et 4K/60p avec ProRes 422 HQ

  • Construction tout métal, solidité rassurante

  • Profil noir et blanc séduisant, base RAW d'une latitude de post-traitement rare

Points négatifs du Leica Q3

  • JPEG par défaut ternes — configuration des profils Look indispensable

  • Limite de six profils Look stockables simultanément sur l'appareil

  • Absence de grip natif — façade avant lisse et glissante

  • Slot SD unique sous l'appareil, peu pratique sur le terrain

  • Pas de prise jack 3,5 mm pour le son

  • Autofocus moins convaincant en vidéo et sur sujets rapides en basse lumière

  • Autonomie correcte mais juste sur les longues journées

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