Microsoft n’a jamais fait de bénéfice sur la vente d’une Xbox

 

Microsoft ne donne jamais les résultats financiers précis de sa division gaming, laissant beaucoup de flous sur sa rentabilité. Le procès Epic vs Apple permet de confirmer que le constructeur vend ses consoles à perte.

La Xbox Series S et X

La Xbox Series S et X // Source : Microsoft

L’affaire Epic vs Apple est très intéressante à suivre, car elle permet d’en apprendre beaucoup plus sur les secrets de l’industrie du jeu vidéo. Que ce soit le trésor de guerre accumulé par Fortnite, la stratégie interne de Microsoft ou encore les négociations entre Sony et Epic concernant le crossplay, le procès dévoile beaucoup de choses.

Une question récurrente quand on parle des consoles de jeux est leur rentabilité, notamment quand il s’agit de Microsoft. La firme de Redmond ne donne jamais des chiffres détaillés sur les finances de Xbox.

Lors du procès Epic vs Apple, Lori Wright a été amené à témoigner. Il s’agit de la responsable de l’activité Xbox et de la croissance de la division. À la question « quelle marge prend Microsoft sur les ventes de consoles Xbox ? », elle répond « aucune, nous vendons les consoles à perte ».

Ça a déjà le mérite de la clarté, mais la question suivante précise la situation « pour être claire, Microsoft a-t-elle déjà gagné un bénéfice sur la vente d’une console ? », ce à quoi Lori Wright répond tout simplement : non.

Le modèle économique du rasoir

Microsoft touche ici à un élément fondamental de l’industrie des consoles de jeu et qui est peut-être trop peu connu : il est habituel de vendre les consoles à perte. Comme pour un rasoir ou une imprimante, le modèle économique des consoles repose généralement sur la vente de consommable : les jeux vidéo. La console est donc vendue à perte ou à l’équilibre pour convaincre plus facilement le consommateur, puis le constructeur fait des bénéfices sur les achats a posteriori.

C’est encore plus vrai avec les boutiques dématérialisées des consoles, où les constructeurs touchent une plus grande commission que sur les jeux physiques. À ça il faut en plus ajouter la vente d’abonnement PlayStation Plus, Xbox Live Gold ou encore Xbox Game Pass.

Hardware being unprofitable certainly played a bigger role in the late 90's and early 2000's (oh and PS3 era lol).

Both the PS5 and Series X/S are being sold at a loss right now, but will become profitable down the line most likely.

Nintendo is somewhat of an outlier.

— Daniel Ahmad (@ZhugeEX) May 5, 2021

Tout le monde n’applique pas ce modèle. Nintendo fait ainsi un bénéfice dès la console vendue. Sony a un modèle hybride depuis l’échec du lancement de la PS3 qui s’était révélé être un gouffre financier pour le groupe. Depuis, les PlayStation sont vendues proches de l’équilibre en début de génération, puis avec des bénéfices en fin de génération en maintenant le prix de la console.

Malgré son prix de vente élevé, la PS3 était vendue à perte

Malgré son prix de vente élevé, la PS3 était vendue à perte // Source : Frandroid

D’après le témoignage de Microsoft, on sait désormais que la firme a vendu toutes ses consoles à perte, même en fin de génération. Ce qui explique les tarifs très agressifs pratiqués sur la fin de vie de la Xbox 360 et de la Xbox One.

Une activité rentable

Il faut bien comprendre que l’on parle ici uniquement de la vente des consoles, c’est-à-dire du matériel pour jouer aux jeux vidéo. Que ce soit Sony ou Nintendo, les constructeurs réalisent des bénéfices au niveau de leur activité jeu vidéo grâce à la vente des jeux et de leurs abonnements. Sony a même réalisé une année record en termes de bénéfices, malgré le coût impliqué par le lancement d’une nouvelle génération de console.

Quel est le rapport avec le procès Epic vs Apple ?

On peut légitimement se demander pourquoi on évoque ces sujets lors d’un procès qui concerne la publication du jeu Fortnite sur l’App Store d’Apple. Au-delà de ce simple différend, Epic Games entend prouver que le contrôle imposé par Apple sur l’App Store d’iOS n’est pas sain compte tenu de la puissance du géant américain sur le marché. L’un des enjeux du procès est pour Apple de montrer que la commission de 30 % réalisée sur l’App Store est un standard du marché pratiqué également par Xbox et PlayStation notamment.

C’est l’avocat d’Epic Games qui a posé les questions à Lori Wright sur la rentabilité des consoles, pour démontrer que cette commission est justifiée par le modèle économique propre aux consoles que n’applique pas Apple. En effet, l’iPhone n’est pas vendu à perte par la marque à la pomme, loin de là.

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