Pendant longtemps, qui disait smartphone milieu de gamme disait performances photos moyennes. Un état de fait qui a persisté malgré l’arrivée de puces premium à moins de 500 euros. Pourtant, avec son Pixel 3a, Google pourrait avoir ouvert la voie à de véritables photophones à des prix accessibles.

L’appareil photo du Google Pixel 3a XL

Il y a huit mois, j’écrivais un article sur l’état du marché sur le segment milieu de gamme. Rappelez-vous, à l’époque Honor lançait son Honor Play et Xiaomi son Pocophone F1. Deux smartphones qui avaient pour particularité de proposer un SoC haut de gamme — respectivement le Kirin 970 et le Snapdragon 845 — pour un prix de moins de 350 euros.

Des performances à prix cassé chez Honor ou Pocophone

En cela, les deux constructeurs révolutionnaient en partie le segment milieu de gamme, permettant aux consommateurs de profiter enfin des meilleures performances possible sans dépasser les 500 euros. Une bonne alternative par exemple aux smartphones de OnePlus, dont le prix dépasse désormais cette barre symbolique.

Cependant, je regrettais que cette mise en avant des performances sur le milieu de gamme soit la seule piste étudiée par les constructeurs. Certes, les consommateurs pouvaient accéder à d’excellentes performances pour profiter des jeux 3D avec une fluidité exemplaire et on peut saluer les efforts faits par Honor ou Xiaomi pour casser les prix permettant d’obtenir un smartphone à un excellent rapport performances-prix. Cependant, il ne faut pas oublier que cette course à la puissance est avant tout une attitude de niche.

En avril 2018, l’UFC Que Choisir publiait les résultats de son étude sur les principaux critères d’achat d’un smartphone auprès de 4 242 personnes. Le prix arrivait évidemment en tête (63%), suivi par la marque (59%) et le stockage (58%). La qualité des photos et vidéos était quant à elle le cinquième critère (46%), mais la puissance n’atteignait pas les 46% et ne figurait donc pas dans les résultats.

La qualité photo apparaît donc comme un critère plus important pour son choix de smartphone que les performances. Et pourtant, jusqu’à présent la seule chose qui définissait un « flagship killer », pour reprendre l’expression de OnePlus, était la présence d’une puce haut de gamme dans un smartphone accessible. Du moins jusqu’à présent.

Le Pixel 3a, premier véritable photophone milieu de gamme

Cette semaine, Google a annoncé ses Pixel 3a et Pixel 3a XL. Sur le papier, il s’agit bien de smartphones assez moyens, vendus respectivement à 399 et 479 euros. On ne trouve qu’un Snapdragon 670, 4 Go de RAM, 64 Go de stockage, des écrans avec d’immenses bordures et ni charge sans fil, ni certification d’étanchéité. Pourtant, avec ces deux smartphones, Google a réalisé un exploit : proposer des performances photo premium sur des appareils vendus à moins de 500 euros.

Il faut bien admettre qu’avec des centaines de développeurs consacrés rien qu’au développement du traitement d’image, Google s’est fait une spécialité de la qualité de ses appareils photo. Mais cela ne suffit pas.

Récemment, un responsable d’Asus me confiait que le traitement photo peut changer du tout au tout d’un processeur à un autre. Entre le Zenfone 5 et le Zenfone 5Z, dont la seule différence était le SoC — Snapdragon 636 pour le premier, 845 pour le second — Asus a dû réécrire tout le logiciel de traitement d’image. Autant dire que pour chaque capteur, chaque objectif, chaque processeur différent, les constructeurs doivent systématiquement redoubler de travail pour réadapter leur traitement photo. Une tâche et une force de travail que peu de constructeurs peuvent mettre sur chaque smartphone.

Le Pixel 3 à gauche et le Pixel 3a à droite

En proposant la même optique et le même capteur sur le Pixel 3a que sur le Pixel 3, mais avec une puce différente, Google a donc dû tout rebâtir de zéro. Pire encore, la firme a mis sur les épaules du Snapdragon 670 tout le traitement des photos, là où il était partagé entre le Snapdragon 845 et la puce Visual Core sur le Pixel 3.

Un exemple bientôt suivi par Huawei ou Samsung ?

C’est un travail de titan qu’a dû fournir Google pour réaliser cet exploit. Pourtant, d’après nos tests, le Pixel 3a parvient peu ou prou à la même qualité photo que le Pixel 3. Mieux encore, c’est la première fois qu’un constructeur parvient à proposer une qualité photo digne d’un smartphone premium à un prix d’appel inférieur à 400 euros. Surtout que la firme a réussi cela sans même doter son smartphone d’un Snapdragon 845 haut de gamme qui lui aurait pourtant permis de conserver le même code du Pixel 3 au Pixel 3a.

Si Xiaomi n’est pas particulièrement réputé pour la qualité de ses photos — bonnes dans l’ensemble, mais loin des Pixel 3 ou Huawei P30 Pro –, il y a un autre constructeur qui pourrait reprendre la même stratégie que Google, c’est Huawei.

Certes, Huawei propose des smartphones très hauts de gamme dont les derniers en date sont les Mate 20, Mate 20 Pro, P30 et P30 Pro, mais le constructeur propose également des appareils milieu de gamme équipés du même processeur. Sous la marque Honor, la firme propose parfois des smartphones avec son dernier SoC haut de gamme comme le Honor Play, le Honor View 20 ou, prochainement, son Honor 20.

Le Honor View 20 intègre la même puce que le Huawei P30 Pro

Autant de smartphones sur lesquels Huawei pourrait utiliser son armée d’ingénieurs photo pour permettre au Kirin 980 des smartphones Honor de proposer une qualité photo similaire à celle du Huawei P30 Pro.

Google a ouvert la brèche et on espère que d’autres suivront. Qu’il s’agisse de Samsung ou de Huawei, deux constructeurs dotés de plusieurs centaines d’ingénieurs dédiés au traitement d’image, ou même d’autres constructeurs qui pourraient suivre l’exemple.

Test du Google Pixel 3a XL : enfin un excellent photophone à moins de 500 euros