
« Le prix ne changera pas, le service sera dans la continuité, il y aura une totale transparence […] ». Aujourd’hui encore, au micro de Thomas Sotto à la matinale de RTL, Christel Heydemann, directrice générale du groupe Orange, tentait de balayer les spéculations autour d’une hausse du prix des forfaits que provoquerait la vente de SFR.
Depuis plusieurs mois, le retour à un marché à trois opérateurs suscite la crainte d’une facture plus lourde. Le cas de l’Autriche, en 2012, est un cas d’école : hausse moyenne de 14 à 20 %, et même jusqu’à 30 % sur le segment low-cost. Idem en Irlande et en Allemagne en 2014. L’Espagne, où Orange vient de fusionner avec MásMóvil, est particulièrement scrutée.
Pourtant, la France devrait échapper à la règle si on écoute tour à tour les dirigeants des opérateurs télécoms. « Les prix en France sont parmi les plus bas en Europe et ça continuera d’être le cas, qu’on soit trois ou quatre » assurait Benoît Torloting, directeur général de Bouygues Telecom, sur le plateau de BFM Business. Même son de cloche chez Iliad (Free) dont le directeur général, Thomas Reynaud, affirme que la vente de SFR va créer plus de concurrence : « On va avoir d’autant plus de moyens, d’autant plus de moyens financiers pour investir, afin de se différencier« .
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Une augmentation déjà amorcée, et pas à cause de SFR
Plusieurs arguments solides démontrent que les prix des forfaits mobiles et internet ne vont pas augmenter à cause du rachat de SFR. Le premier étant qu’ils augmentent déjà, alors que la transaction de la vente n’a pas encore eu lieu, que les autorités de la concurrence doivent encore examiner le dossier et qu’un tas de documents juridiques restent à signer. Selon Ariase, le prix du forfait moyen a augmenté de 47 % par rapport à l’année dernière. En parallèle, le prix du Go continue, lui, de baisser.

Quoi qu’il en soit, cette hausse du prix moyen était à prévoir. D’une part, la guerre des prix a fini par s’essouffler et les tarifs sont mécaniquement remontés. D’autre part, l’année 2025 fut beaucoup plus compliquée que les opérateurs ne le laissent croire. Selon l’Arcep, leur chiffre d’affaires ainsi que leurs investissements ont connu un net recul. Hormis SFR qui continue de s’effondrer, Bouygues Telecom et Free ont stagné sur le marché français tandis qu’Orange y a subi une baisse du chiffre d’affaires.
Cette hausse moyenne du prix des forfaits serait plus un besoin pour les opérateurs d’augmenter la rentabilité de leur base abonnés plutôt que de traverser à nouveau une année au point mort. Ce ne serait donc pas une augmentation anticipée à cause de la vente de SFR, puisque cette transaction permettrait de toute façon de relancer la concurrence sur le marché des télécoms.
Une concurrence qui sera toujours féroce
Si les prix augmentent déjà sur un marché qui est toujours à quatre opérateurs, ils peuvent aussi baisser sur un marché à trois opérateurs. L’affaire de l’entente entre les trois opérateurs dans les années 1990 et 2000 est, certes, encore dans nos souvenirs, mais nous sommes aujourd’hui plus proche de la guerre des tranchées que de l’amicale des télécoms. Et ce, en partie grâce à Free. Quasiment 15 ans après son entrée sur le marché des forfaits mobiles, le trublion des télécoms continue de bousculer les codes comme il l’a récemment fait avec son forfait Free Max et de jouer sur l’agressivité tarifaire avec son forfait 2€.

D’autant plus que l’Arcep est également là pour veiller à ce que les prix ne décollent pas et qu’il n’y ait pas d’entente cordiale entre les trois opérateurs restants. Si un opérateur décide tout de même d’augmenter ses prix, il est possible de résilier sans frais dans les quatre mois suivant la notification de hausse des tarifs et de faire jouer la concurrence en menaçant d’aller voir chez les deux autres.
S’agissant des forfaits mobiles, les MVNO comme YouPrice et Lebara (deux opérateurs indépendants) proposent des tarifs imbattables. En général, le droit français est très protecteur pour les consommateurs.
Des gains de synergie conséquents
Le dernier argument qui contredit une hausse des prix provoquée par la vente de SFR est purement financier. Il faut connaître le concept de « gain de synergie ». Dans le cadre d’une fusion-acquisition, une entreprise ne se contente pas seulement de racheter les parts d’une entreprise et de les faire fructifier à part. Elle les rationalise de sorte à gagner en efficacité et à dégager plus de marges. Selon La Tribune, Free et Orange estiment leurs gains de synergie à 500 millions d’euros par an chacun. Ça monte à un milliard d’euros net par an jusqu’en 2034 pour Bouygues Telecom.
Mais rationaliser signifie également supprimer les doublons. Il y aura des doublons au niveau des infrastructures réseaux, mais également dans la partie commerciale avec des boutiques et des emplois en trop, et c’est justement ce qui fait craindre une nouvelle casse sociale au sein de SFR.
Grâce aux gains de synergie, le coût par abonné baisse pour les opérateurs (moins de loyers à payer sur les pylônes, les boutiques…), ce qui permet de dégager plus de marges qui pourront être investies dans les technologies ou le développement de nouvelles activités pour éventuellement sauver des emplois, et ce sans toucher au prix des forfaits. Le rachat de SFR serait donc financé par ces économies d’échelle et non par les abonnés.
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