
C’est un virage industriel qui illustre à lui seul l’ampleur de la crise traversée par l’industrie automobile européenne. Alors que le groupe Volkswagen cherche à réduire drastiquement ses coûts de production, une solution radicale est actuellement sur la table pour éviter la fermeture de son usine historique d’Osnabrück, située dans le nord-ouest de l’Allemagne.
Plutôt que de s’obstiner à y assembler des voitures, le constructeur négocie une reconversion totale du site pour y fabriquer des équipements militaires destinés au système de défense anti-aérien israélien, le Dôme de fer.
L’ombre de la concurrence chinoise et des difficultés financières
Pour comprendre comment un géant de l’automobile en arrive à envisager la production de matériel militaire, il faut regarder ses derniers résultats financiers. L’année 2025 s’est achevée sur un bilan très difficile pour Volkswagen. Le bénéfice d’exploitation a plongé de 53 %, tombant à 8,9 milliards d’euros, contre 19,1 milliards l’année précédente. La marge opérationnelle de l’entreprise a fondu à 2,8 %.
Le directeur financier du groupe, Arno Antlitz, justifie cette chute par les récents droits de douane américains, les effets de change monétaires et une transition stratégique très coûteuse du côté de la marque Porsche. Mais le problème est plus profond. Volkswagen subit de plein fouet la concurrence des constructeurs chinois comme BYD et Geely, qui grignotent des parts de marché considérables. Les exportations automobiles allemandes vers la Chine ont été divisées par plus de deux depuis 2022.

En parallèle, la division électrique du constructeur a dû procéder en mars 2026 au rappel de près de 100 000 véhicules en raison d’un défaut sur un module de batterie présentant un risque d’incendie, ce que le président du directoire, Oliver Blume, a qualifié de « des problèmes de batterie coûteux ». Face à cette impasse, le dirigeant a dû annoncer un plan social d’une ampleur inédite dans une lettre adressée aux actionnaires : « Au total, environ 50 000 emplois doivent être supprimés d’ici 2030 dans l’ensemble du groupe VW en Allemagne ».
Le Dôme de fer pour sauver les chaînes de montage
C’est précisément dans ce contexte de réduction des effectifs que l’usine d’Osnabrück se retrouve sur la sellette. Le site, qui emploie 2 300 personnes et produit actuellement le SUV T-Roc Cabriolet, devait initialement cesser toute production de véhicules d’ici la mi-2027. Selon les informations dévoilées par le quotidien économique Financial Times, Volkswagen est en pourparlers avancés avec l’entreprise étatique israélienne Rafael Advanced Defence Systems pour réoutiller l’usine.
L’objectif n’est pas de fabriquer des explosifs ou des projectiles, dont la production nécessite des sites hautement sécurisés qui seraient gérés à part par Rafael. L’usine automobile se concentrerait sur la conception des composants lourds du Dôme de fer : les camions de transport massifs, les systèmes de lancement et les générateurs électriques. Le système, qui affiche un taux d’interception d’environ 90 % face aux roquettes selon Rafael, intéresse de plus en plus les gouvernements européens dans un contexte de réarmement généralisé.

Cette transition industrielle pourrait se faire rapidement, estimée entre 12 et 18 mois avec un investissement minime. Une source proche du dossier indique au Financial Times que l’idée de ce partenariat repose sur le fait que « des technologies de défense éprouvées s’associent à la fabrication allemande ». L’enjeu social est majeur pour la région, et cette même source souligne que le but est de « sauver tout les emplois, peut-être même de recruter », tout en précisant que le choix d’y participer restera une « décision individuelle pour les travailleurs« .
Officiellement, le groupe automobile allemand préfère temporiser. Un porte-parole de Volkswagen a déclaré au journal britannique que l’entreprise était en discussion avec « divers acteurs du marché » mais qu’il n’y avait « actuellement aucune décision ou conclusion concrète concernant l’orientation future » du site.
L’industrie automobile bascule vers l’économie de guerre
Si le projet aboutit, il marquera un retour symbolique lourd de sens pour Volkswagen, qui avait produit des véhicules militaires et des bombes volantes V1 durant la Seconde Guerre mondiale. Le constructeur est toutefois déjà actif dans ce secteur aujourd’hui, fabriquant des camions militaires par l’intermédiaire d’une coentreprise entre sa filiale MAN et le groupe Rheinmetall.
Cette dynamique dépasse largement les frontières de l’Allemagne, qui prévoit de dépenser 500 milliards d’euros pour sa défense d’ici la fin de la décennie. En France, la baisse des volumes de production automobile libère également des capacités industrielles qui intéressent le secteur de l’armement. On peut l’observer avec cette mutation vers l’économie de guerre qui touche d’anciens sites Renault, et d’autres où la production de structures de drones est au programme comme on peut le lire dans un communiqué de la marque.
L’usinage de précision, la maîtrise de l’assemblage en série et les infrastructures lourdes de l’automobile se prêtent remarquablement bien à la transition complexe d’une usine automobile vers l’armement.
Les usines automobiles européennes, autrefois fleurons de l’industrie civile, semblent trouver dans les budgets militaires des États une nouvelle bouée de sauvetage face aux impasses de la transition électrique et de la concurrence asiatique. Reste à voir si les salariés accepteront ce changement radical de ligne de production.
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