
Le constructeur allemand Volkswagen traverse une période particulièrement trouble. Si le passage à la voiture électrique pèse lourdement sur ses finances, le problème est en réalité plus profond et structurel.
Alors que plus de 20 000 salariés avaient déjà quitté le groupe courant 2025 sur les plus de 35 000 suppressions de postes annoncées, la restructuration est loin d’être terminée. Lors d’un entretien accordé au média allemand Manager Magazin, Oliver Blume, le patron de Volkswagen, a confirmé que de nouvelles coupes drastiques étaient au programme.
Une capacité de production réévaluée à la baisse
L’équation financière de Volkswagen est aujourd’hui déséquilibrée. En 2019, considérée comme la dernière année stable selon le dirigeant, le groupe écoulait environ onze millions de véhicules à travers le monde. Pour répondre à cette demande, l’entreprise avait calibré son outil industriel pour produire jusqu’à douze millions d’unités annuelles. Aujourd’hui, les ventes stagnent autour des neuf millions de véhicules.
Pour corriger ce décalage, Oliver Blume a exposé sa stratégie auprès de Manager Magazin : « D’une part, nous investissons massivement dans les produits. En même temps, nous avons déjà pris des mesures de grande ampleur. Nous envisageons actuellement de réduire notre capacité d’un million d’unités supplémentaires pour refléter la situation du marché mondial ». L’objectif affiché par la marque est de ramener la capacité globale de production à neuf millions de voitures par an.

Il apparaît donc que ces réductions d’effectifs ne suffisent manifestement pas pour redresser la barre. La marque souffre d’une marge opérationnelle de 2,8 %, un niveau jugé insuffisant pour autofinancer ses futurs investissements. Le constructeur ambitionne d’atteindre une marge comprise entre 8 et 10 % d’ici 2030, ce qui implique de réduire les coûts globaux de 20 % selon ses propres projections.


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La nouvelle norme du marché automobile
Les raisons de ce déclin d’activité sont multiples. Le patron de l’entreprise dresse un constat sévère de la conjoncture internationale : « Les droits de douane aux États-Unis, l’immense pression concurrentielle en Chine, la contraction du marché européen et maintenant la guerre au Moyen-Orient. Qui sait ce qui viendra ensuite ».
Loin d’espérer un retour à la situation d’avant-crise, la direction choisit l’adaptation face à un environnement perçu comme hostile. « Ces évolutions ne sont pas simplement passagères. C’est la nouvelle norme. Et nous serons à la hauteur », affirme Oliver Blume. Cette adaptation s’est déjà traduite par la suppression d’une capacité de production d’un million de véhicules en Chine, dans le cadre d’une stratégie visant à réduire le coût de ses véhicules face aux concurrents locaux.
Les regards se tournent désormais vers l’Europe, où un million de capacités supplémentaires doivent disparaître chez Volkswagen et Audi.
L’avenir incertain des usines européennes
L’outil industriel européen, et plus particulièrement allemand, est sous pression. Des sites historiques comme Emden ou Zwickau, pourtant dédiés aux véhicules électriques, ne tournent parfois plus que sur une seule ligne de production.
Le diagnostic du dirigeant est sans appel : « Les surcapacités ne sont pas viables à long terme pour notre entreprise. Et dans le marché et le paysage concurrentiel d’aujourd’hui, la planification des volumes du passé est irréaliste ». Il précise également que des efforts sont en cours en interne : « En Allemagne, nous réduisons actuellement les coûts d’usine en collaboration avec le comité d’entreprise – et réalisons des progrès inédits chez Volkswagen ». Mais l’ampleur du problème persiste : « Néanmoins, nous continuons d’être accablés par des capacités excessives, qui coûtent finalement beaucoup d’argent. Nous devons trouver un moyen approprié de remédier à cela ».

Si la fermeture sèche d’usines a souvent été présentée comme un choix qui semblait inéluctable pour le patron de la marque, l’entreprise tente désormais de trouver d’autres débouchés pour ses sites industriels. L’usine d’Osnabrück, dont la production automobile doit s’arrêter, est au cœur de tractations inédites.
« Nous négocions avec des entreprises de l’industrie de l’armement qui pourraient utiliser cette usine et conserver la main-d’œuvre. C’est ce que j’entends par intelligent. Nous devons développer des voies pour réduire nos propres surcapacités de manière similaire », détaille Oliver Blume.
Cette piste d’une reconversion vers la production d’équipements militaires illustre l’urgence de la situation pour sauver l’emploi local. Quant à l’hypothèse de revendre des usines à des concurrents chinois cherchant à s’implanter en Europe, elle se heurte au coût de fonctionnement très élevé des sites allemands.
La rationalisation passera également par le catalogue. Les 150 modèles actuellement proposés par le groupe à l’échelle mondiale devraient être réduits à moins d’une centaine. « Nous devons planifier cela de manière stratégique à travers les marques, les régions et les segments. Pour les groupes motopropulseurs, nous nous alignerons sur les marchés régionaux. Pour les variantes d’équipement, nous concentrerons encore plus notre offre », conclut le dirigeant.
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