Harley-Davidson LiveWire vs Zero SR/S : l’offensive des motos électriques US

 

Même si les utilitaires comme les scooters semblent les plus indiqués pour la propulsion électrique, de « vraies » motos y trouvent aussi leur compte, compensant une autonomie limitée par des sensations fortes. Deux nouveautés américaines sont en tête d’affiche, avec un pure player et une marque ultra-traditionnelle. Harley face à Zero : l’affiche moto de l’année en électrique.

Harley Davidson Livewire et Zero SR/S

Harley Davidson Livewire et Zero SR/S

Dans le domaine des motos électriques, impossible de ne pas faire un parallèle avec le monde de l’automobile. Ainsi, le Californien Zero Motorcycles fait irrémédiablement penser à Tesla : pure player électrique et précurseur, il arrive avec des modèles à pleine maturité comme cette sportive-GT SR/S très design au moment où le marché commence à décoller et l’acceptation de tels engins dans le public motard est un peu plus grande. Un chemin déjà délicat dans le monde de la moto, très attaché aux vrombissements des moteurs, alors que dire de l’arrivée d’un modèle électrique chez le très traditionnel Harley-Davidson ?

Malin, le constructeur de Milwaukee a choisi d’anticiper l’inexorable changement de paradigme, notamment en ville avec des centres zéro émissions qui se répandent à vitesse grand V. Adieu donc V-Twin pour frimer devant les terrasses de café, place à un spectaculaire roadster musculeux aux performances qui font jaser. Voilà pour le contexte.

Fiche technique de la Harley Livewire et de la Zero SR/S

  Harley Livewire Zero SR/S
Puissance (ch) 105 110
Couple (Nm) 116 190
Batterie (kWh) 15,5 14,4
Temps de charge mini 1 heure 1 heure
Autonomie moyenne (km) 158 198
0 à 100 km/h (s) 3 3,2
Vitesse max (km/h) 180 200
Prises côté moto Combo CCS Type-2
Poids (kg) 251 229
Prix de départ 33 900 € 21 720 €

Design : des personnalités différentes

À tout seigneur, tout honneur : la Harley LiveWire a tellement fait parler d’elle depuis la présentation de ses premiers prototypes il y a des années (2014 !) que sa silhouette est connue comme le loup blanc dans le monde de la moto. Voire le mouton noir pour certains, trop réfractaires… C’est un petit roadster râblé, compact et agressif, très stylé et qui pousse loin le soin du détail.

Son moteur Revelation tout de chrome est très visible, son cadre apparent laisse deviner une grande rigidité, sa selle en porte-à-faux promet de belles sensations, avec une position de conduite inhabituelle pour une H-D. Bref, elle en impose et joue les frimeuses, surtout dans la teinte orange de notre monture d’essai et ses détails sont des plus soignés.

Face à elle, la Zero Motorcycle SR/S jouerait presque profil bas. Pourtant, ce dérivé caréné de la SR/F offre un dessin très soigné, harmonieux et moderne. Forcément, le carénage cache plus ses entrailles et qui ne prêterait pas attention pourrait la prendre pour un modèle thermique, sans savoir que le bloc cylindrique couleur cuivre devant sa roue arrière est son moteur électrique Z-Force. Un parti-pris de classicisme pour ce modèle plus pensé pour un usage au quotidien avec sa protection.

Mais qu’on ne s’y trompe pas, elle joue aussi la sportivité, avec sa rampe de feux LEDs agressive, ses proportions sportives et effilées. Pour ceux qui préfèrent les roadsters, une version sans carénage est disponible, la SR/F. Force brute ou sportivité plus subtile, elles affichent déjà des personnalités très différentes dès le premier abord.

Batterie : l’autonomie contre la charge rapide

Avec 198 km en moyenne (219 km avec l’option de batterie complémentaire de 3,6 kWh) contre 158, la Zero propose un plus grand rayon d’action que la Harley, alors que leurs batteries sont de capacités assez proches (respectivement 14,4 et 15,5 kWh). Mais ce n’est pas le seul facteur, la gestion de la batterie est cruciale et dans ce domaine, Zero bénéficie de précieuses années d’expérience. Le moteur, l’aérodynamique, la masse sont autant de critères qui influencent également l’autonomie. Clairement, avec un carénage et 20 kilos de moins sur la balance, la Californienne met des atouts de son côté.

Pour ce qui est de la charge, c’est un peu plus compliqué. Pour la Zero, tout dépend de la version que l’on choisit, car en option, un chargeur de 6 kW supplémentaire permet de charger en 1 heure la batterie (de 0 à 95 %, 1,5 h pour une charge complète). Sur une prise domestique, il faudra patienter 4h30 pour une charge complète (pour une dizaine d’heures pour sa concurrente). La Harley est la seule des deux capable de charger en courant continu et cela lui permet de passer de 0 à 80 % de charge en juste 40 minutes (60 minutes pour atteindre les 100 %).

Encore faut-il disposer d’un chargeur adéquat. Sur ce terrain, la LiveWire est avantagée, même si la SR/S ne fait pas pâle figure, surtout dans sa version avec chargeur 6 kW optionnel.

Puissance égale ne veut pas dire sensations identiques

À puissance égale, sensations différentes ! C’est un paradoxe : la SR/S développe pratiquement la même puissance que la LiveWire et de plus, son couple moteur est très supérieur (190 Nm contre 116). Pourtant, c’est bien la Harley qui donne au guidon les sensations les plus fortes, à tirer sur le bras sans fin dès que l’on actionne la poignée des « gaz »… Sur le papier pourtant, les accélérations « canonesques » de 0 à 100 sont très proches, autour des 3 s, soit ce qu’est capable de faire une Tesla Model S dans un de ses modes Ludicrous dont elle a le secret. Simplement, la Harley donne plus l’impression de force brute, sans pour autant dérouter ou se montrer piégeuse, à condition de garder la tête froide bien sûr, et ce n’est pas le plus facile…

Heureusement, nos deux rivales sont sous étroite surveillance de systèmes électroniques qui tempèrent finement en permanence les velléités de ces moteurs débordant d’énergie, notamment sur le mouillé où franchement, avec ce poids et ce couple disponible immédiatement, seul un pilote de Grand Prix saurait moduler aussi précisément sa conduite.

Les deux machines embarquent des capteurs d’angles pour gérer l’accélération et le freinage, un contrôle de traction réglable, l’ABS… autant d’anges gardiens pour prendre plus de plaisir (et se trouver bon pilote !). En vitesse de pointe, ce qui n’est pas le propos d’un tel engin électrique, deux choix ici : 180 chez H-D et 200 km/h chez Zero. Mais à ces vitesses, l’autonomie fond comme un sundae au soleil.

Beaucoup de plaisir au guidon

En électrique, la question du bruit revient toujours et sur une moto, elle est d’autant plus cruciale que l’on entend mieux les émissions sonores de son engin. Ou son silence. La Zero produit un léger sifflement en provenance de sa courroie de transmission qui n’est pas très flatteur tandis que la Harley est plus neutre. Elle se distingue aussi à l’arrêt avec une idée sympa : une sorte de battement de cœur qui se fait ressentir physiquement.

D’un coup de gaz comme sur un scooter, sans embrayage ou boîte de vitesses, nos deux rivales filent à vitesse grand V. Avec une grande facilité de prise en main, elles se révèlent maniables et accessibles, le gabarit plus grand de la Zero la rendant peut-être juste un peu plus impressionnante. Voilà deux motos très homogènes, matures dans leur conception qui donneront beaucoup de plaisir à leur guidon.

Dans les deux cas, différents programmes permettent de jouer sur la puissance et le niveau de régénération, à choisir selon l’humeur du moment, l’autonomie à préserver ou encore, le type de route. Ils peuvent aussi être personnalisés. En confiance, on ne se lasse pas des relances immédiates qui laissent en un instant une voiture doublée s’évanouir dans les rétroviseurs. Attention à ne pas laisser s’évanouir aussi les points du permis, tant les vitesses atteintes instantanément sont impressionnantes ! On pouvait s’y attendre, le confort distillé par la Harley est plus ferme que celui de la Zero à la vocation plus routière, mais il reste très acceptable pour une balade ou des trajets quotidiens.

Côté affichage de bord, la SR/S est moins bien lotie que la LiveWire, avec son écran simple, mais bien lisible, alors que la H-D offre une surface tactile et un joystick de commande et plus d’informations dont de précieuses indications de navigation qui peuvent être relayées en Bluetooth avec un casque équipé d’écouteurs intégrés.

Toutes deux proposent des applis connectées pour voir à distance le niveau de charge et l’autonomie restante et enregistrer précisément sa session de conduite (couple sollicité, angles atteints…) et la partager. Les mises à jour de la Zero se font over the air – cela ne vous rappelle pas une autre marque californienne ?

50 % de plus chez Harley

Sur le terrain financier, il n’y a pas photo ici : la Harley étant facturée plus de 50 % de plus que sa consœur US, qui se situe elle-même parmi les motos thermiques les plus onéreuses… Pas de questions rationnelles ici, nous sommes dans un monde d’early adopters qui ne choisiront pas de tels modèles pour les économies qu’ils pourront faire avec eux. Certes, des aides gouvernementales ou locales peuvent réduire un peu la facture et à l’usage, les « pleins » électriques sont très intéressants, mais il faudra en faire, des kilomètres (et donc un sacré paquet de recharges) avant d’y trouver un quelconque avantage. Non, ici, il s’agit de sensations, de convictions voire de coups de cœur.

Deux personnalités différentes

L’ère de la moto électrique n’en est qu’à son aube, mais avec ces deux modèles, voilà de quoi se réjouir de ce qui se profile. À la Harley, les sensations brutes et une forme d’exclusivité, à la Zero des capacités plus GT et un tarif moins stratosphérique. Deux personnalités à essayer avant de se décider : c’est sans doute le cœur qui parlera, et n’est-ce pas ce qu’on attend d’une moto, même électrique ?

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