Ces cinq dernières années, nombreuses ont été les rumeurs quant à la sortie prochaine d’un smartphone pliable se disant révolutionnaire. Sans que l’on en aperçoive la moindre couleur. Le lancement du premier téléphone flexible semble pourtant proche, alors que se livre en coulisses un combat acharné entre les grandes marques internationales, déterminées à devenir la première à vendre un tel concept. Aujourd’hui, tous les constructeurs de poids, ou presque, se sont positionnés sur ce créneau pressenti comme l’une des prochaines innovations majeures du secteur.

Véritable révolution technologique ou simple tendance animée par un combat d’ego toujours plus palpable, le smartphone pliable fait l’objet d’une attention toute particulière de la part des grands constructeurs de téléphones portables. À tel point que tous les acteurs influents, ou presque, se sont lancés dans une nouvelle course effrénée aux immenses obstacles technologiques. Certains, comme Samsung et Huawei, se disputent la première place, quand d’autres se font plus discrets au travers de simples brevets déposés.

Le fait est que la conception du premier smartphone pliable avance à grands pas, laissant même présager un lancement officiel dans le courant de l’année 2019. Il y a huit mois, ZTE avait courageusement tenté le coup en présentant son ZTE Axon, « smartphone pliable » à deux écrans, eux-mêmes séparés par une imposante charnière noire. Une idée qui n’avait pas vraiment conquis le public. Les concurrents, eux, poursuivent leurs efforts : en plus des deux marques sus-citées, viennent s’ajouter une pléthore de prétendants, à l’image d’Oppo, LG, Motorola, Xiaomi, Apple, Lenovo ou encore Microsoft.

Samsung en tête du peloton

Disons-le clairement : Samsung n’a pas chômé et a fait du smartphone pliable l’une de ses priorités absolues. D’autant plus depuis les tonitruantes annonces de Huawei, déterminé à couper l’herbe sous le pied du constructeur sud-coréen. Les premiers échos d’un produit flexible Samsung remontent à 2016, lorsque des rumeurs tout droit venues de Chine évoquaient la sortie d’un appareil mobile pliable nommé… Galaxy X.

Quelques mois plus tard, plusieurs brevets (en novembre puis décembre) en ce sens déposés par le géant asiatique venaient confirmer des spéculations au départ invérifiables. Commençait alors le début d’une longue histoire : des premiers visuels apparaissent sur le net, sans que l’on puisse confirmer leur véracité. L’idée étant de mieux s’imaginer le concept à travers des rendus réalistes et plus ou moins plausibles.

L’aventure continue : ainsi apprenait-on que la multinationale asiatique souhaitait faire de son téléphone pliable un produit luxueux et élégant, voire ultra premium. Sauf que la conception d’un tel device coûterait terriblement cher, impactant directement son prix final : comptez la coquette somme de 1500 euros, estimaient alors des analystes. Pour ce coût-là, Samsung serait parvenu à intégrer une batterie, elle aussi flexible, sans que le téléphone ne puisse en revanche se plier entièrement sur lui-même, mais seulement qu’aux deux tiers.

Le Galaxy X, ou F, toujours selon les rumeurs, entre dans une nouvelle phase à l’été 2018. Notamment lorsque DJ Koh, en charge de la division mobile de l’entreprise, révèle que le lancement de leur smartphone pliable « n’est plus très loin ». Simple stratégie de communication face au perspicace Huawei ou réelle annonce, le mystère reste encore entier. Mais depuis maintenant trois ans, 2019 est pressentie comme l’année d’un tel lancement… Réponse, donc, dans quelques mois seulement.

Huawei en embuscade

Huawei n’a pas le temps, car l’un de ses premiers brevets enregistrés faisant étant d’un terminal flexible ne date seulement que de mars 2018. Avant qu’un rapport ne vienne confirmer les craintes de Samsung : smartphone pliable il y aura, et ce dès le mois de novembre ! Du moins pour une présentation officielle. Huawei ferait même appel à LG pour passer ses commandes.

En mai de la même année, le journal coréen ET News croit savoir qu’un partenariat entre le constructeur chinois et le fabricant d’écrans BOE ait été tissé. L’objectif : produire des écrans pliables de 8 pouces, diagonale habituellement attribuée aux tablettes. En juillet, le responsable de la compagnie confirme l’arrivée d’un téléphone pliable dans le courant de l’année 2019. Samsung peut trembler.

Mais au-delà de développer une telle technologie, Huawei cherche surtout à être le premier à le réaliser. Il mettrait ainsi les bouchées doubles, comme expliqué plus tôt, pour coiffer au poteau Samsung et s’octroyer la gloire d’être le tout premier constructeur à commercialiser un concept de ce type. Attention en revanche à ne pas brûler les étapes au détriment d’un appareil non abouti, car mis sur le marché trop précipitamment.

Motorola dans la course, mais…

Samsung et Huawei ne sont pas les seuls à avoir succombé au défi technologique du téléphone pliable : Motorola, racheté par Lenovo en janvier 2014, ne comptait pas être cantonné au simple rôle de figurant, mais bien à celui d’acteur principal. En témoignent ses quelques brevets déposés au cours de l’année : l’un en février 2018, l’autre le 23 août dernier. Soit très récemment.

Le brevet estival va même plus loin et nous laisse imaginer un smartphone à clapet intégrant un unique écran, pliable en son centre. L’appareil, lancé sous la gamme Razr, n’en est certes qu’au stade de brevet, mais il nous donne une idée certaine des intentions du constructeur américain. Affaire à suivre.

LG le suit de près

Sur les dossiers des smartphones pliables, LG pourrait être comparé à Motorola. Seuls des brevets ont pour l’heure été recensés, sans qu’un produit en phase de développement soit encore annoncé. Mais l’idée d’un téléphone flexible a germé il y a déjà bien longtemps dans l’esprit des dirigeants de la multinationale sud-coréenne. Come back en 2015, lorsqu’un brevet décrivant un système capable de transformer des smartphones pliables en smartwatchs sortait sur la Toile.

Quelque peu discret les années qui suivirent, LG est sorti de sa tanière en avril 2018 par l’intermédiaire d’un nouveau brevet rappelant fortement le principe du ZTE Axon : un « smartphone pliable » à deux écrans. Mais un autre brevet plus sérieux apparaît quelques mois plus tard, mettant ainsi en exergue un produit flexible à même de se plier comme un portefeuille. Morale de l’histoire : LG se tient prêt.

Lenovo l’avant-gardiste

Lenovo s’est déjà plusieurs fois illustré au travers de prototypes non aboutis, mais présentés IRL (In Real Life) lors d’événements internationaux. C’est d’ailleurs peut-être le seul à avoir réalisé une démonstration de ce que pourrait être un smartphone pliable. En juin 2016 déjà, le fabriquant chinois dévoilait à l’occasion de sa conférence de presse annuelle Tech World un premier concept de téléphone enroulable… autour du poignet. À l’image du brevet de LG déposé un an plus tôt.

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La compagnie de l’Empire du Milieu avait aussi mis au jour une tablette dénommée Folio, dont l’écran de 8 pouces se pliait en deux (à la verticale) pour se transformer en smartphone. Un produit de nouveau exhibé un an plus tard, lors du même rendez-vous, sans que de réelles avancées aient visiblement eu lieu. Les dirigeants de Lenovo ont en tout cas un objectif clair : sortir un smartphone pliable d’ici l’année 2020.

Apple sur la bonne voie

Une nouvelle guerre technologique sans la présence d’Apple ? Ne l’imaginez même pas. La marque à la pomme a elle aussi son mot à dire dans ce qui s’apprête être l’un des grands prochains défis du secteur. Le firme de Cupertino a donc prévu le coup dès 2017, année durant laquelle elle déposa son premier brevet : appareil flexible au rendez-vous, sans préciser quel type de device (ordinateur portable, tablette, smartphone) sera concerné.

En mars 2018, on apprend que le géant américain serait en train de « travailler avec ses sous-traitants sur un smartphone pliable qui se transformerait en tablette pour un lancement en 2020 », rapportait CNBC. Deux ans donc avant que la société dirigée par Tim Cook ne fasse son entrée sur ce marché. Pour les plus sceptiques, un énième brevet — « Appareils électroniques avec écrans flexibles » — cette fois-ci enregistré en juillet confirmait encore plus nos doutes. Mais Apple risque de faire du Apple : silence radio avant qu’un produit final ne soit dévoilé.

Oppo le créatif

Oppo a fait preuve d’originalité dans le dernier pack de brevets repéré en juillet dernier. Un pack de brevets ? Oui, l’entreprise chinoise a laissé libre cours à son imagination en inventant le design de quatre modèles pliables : l’un est doté d’airbags, un autre embarquerait trois volets qui glisseraient entre eux, à la façon de portes coulissantes.

Quand le troisième, simple smartphone au départ, se déplierait pour devenir une tablette. Le dernier, totalement futuriste, serait équipé d’un écran totalement souple que l’on pourrait dérouler comme bon nous semble. Outre ces brevets, plusieurs rapports estiment que 2019 représentera l’année de lancement d’un smartphone pliable Oppo.

Xiaomi le discret

Le rapport cité précédemment concerne aussi la marque Xiaomi. Cette dernière n’a cependant pas beaucoup donné de signes d’activité à ce sujet. Mais selon ET News, cité par Generation-NT, la firme aurait fait appel à plusieurs fournisseurs — BOE Technology, Visionox ou LG Display — pour concevoir un écran pliable.

En cas de succès technologique, Xiaomi ne s’aventurerait pas en dehors de ses contrées. Comprenez, leur produit flexible serait commercialisé sur le territoire chinois uniquement.

Microsoft a-t-il jeté l’éponge ?

Tout portait à croire que Microsoft travaillait bel et bien sur un concept de smartphone pliable : du premier brevet d’un produit Surface flexible au nom officiel du projet (Andromeda) révélé par Numerama en passant par des documents internes publiés en 2018. Plus qu’un smartphone, Andromeda pourrait même ressembler à une tablette pliable, voire un ordinateur de poche adressé aux professionnels. Et ainsi éviter un combat frontal perdu d’avance contre iOS et Android.

Mais les dernières nouvelles concernant le projet Andromeda balayent d’un revers de la main l’ensemble des rumeurs établies. Selon Phonandroid, qui cite un podcast relayé par The Wired, aucun concept pliable ne serait dans les tuyaux de la firme de Redmond. « Je ne peux pas dire que nos projets incluent un smartphone pliable », déclarait même Panos Panay, vice-président du groupe Microsoft Devices.

Quelques jours plus tôt (fin juin), Microsoft teasait pourtant son Surface Phone à deux écrans OLED, celui-là même qui représenterait le projet Andromeda. La ligne directrice de la multinationale américaine semble donc floue. Mais après le cuisant échec du Windows Phone, peut-on réellement croire à un véritable retour de Microsoft sur le marché de la téléphonie mobile ? L’avenir nous le dira.

Plus globalement, ce panorama du marché nous montre à quel point le smartphone pliable demeure bel et bien dans les plans — à court terme — des constructeurs. Si le nombre de brevets aux idées farfelues est nombreux, force est de constater que des avancées notables ont été réalisées. De quoi nous laisser croire à un premier terminal flexible d’ici l’année 2019. À savoir maintenant qui le commercialisera en premier, et surtout, qui parviendra à imposer sa vision des choses pour devenir l’une des nouvelles références en la matière.