
Pendant des années, on a vu débarquer des pachydermes sur batteries depuis l’Empire du Milieu. Des modèles très imposants, bourrés de technologies, mais souvent en décalage total avec les attentes des conducteurs dans l’Hexagone.
Aujourd’hui, les constructeurs chinois comme BYD, MG ou Chery changent leur fusil d’épaule. Ils ont enfin compris qu’il fallait concevoir de vraies compactes. C’est ce que les analystes décrivent comme un « moment Yaris », en référence au succès de Toyota à partir de la fin des années 90 en Europe avec une toute petite citadine.
À tel point que la Yaris Cross est devenue la voiture la plus produite en France, devançant les Peugeot 3008 et 308.
Le « moment Yaris » des Chinois ?
Pourquoi ce virage à 180 degrés ? Tout simplement parce que le marché intérieur chinois sature de manière ahurissante. La guerre des prix y est d’une violence inouïe. Du coup, l’exportation n’est plus un simple relai de croissance, c’est une véritable question de survie.
En Europe, ces marques peuvent vendre leurs modèles nettement plus cher tout en restant plus accessibles que nos constructeurs historiques. C’est notamment le cas de BYD, dont la marge en Europe est clairement supérieure à celle pratiquée en Chine.
Lors de ma visite au dernier salon de Pékin en avril, j’ai été franchement impressionné par ce changement de cap. Alors oui, il y avait encore trop d’énormes SUV. Mais les constructeurs ont dévoilé quelques de voitures électriques taillées pour nos contrées. Nous avons pu voir de près les Firefly de Nio, la BYD Dolphin Mini, la Smart #2 et la GAC Aion UT.

On a d’ailleurs détaillé cette offensive de citadines dans nos colonnes. La dynamique est clairement en leur faveur. Au Royaume-Uni, les marques chinoises ont doublé leur part de marché au premier trimestre, atteignant 14,2 %. Sur l’ensemble du marché européen, elles sont passées de 3,5 % en 2024 à près de 6 % en 2025, selon le cabinet Inovev.
Des citadines ultra-ciblées
Comment séduire l’automobiliste européen ? Avec des berlines à hayon. Jozef Kaban, le patron du design de MG, l’affirme sans détour à l’agence Reuters : les Européens « n’aiment pas les voitures énormes ». La marque prépare d’ailleurs activement une petite MG2 très attendue à moins de 20 000 euros pour venir se frotter à la Renault Twingo E-Tech.
De son côté, BYD s’apprête à lancer la Dolphin G spécifiquement pour nous dès le mois de juin. Un modèle hybride rechargeable qui n’existe pas en Chine, qui se placerait entre la Dolphin Surf (segment A) et la Dolphin (segment C).
Pour bien situer les choses : la Dolphin Surf, c’est la version européenne de la BYD Seagull. Allongée d’une vingtaine de centimètres pour passer les normes européennes, elle mesure 3,99 m, démarre à 19 990 € en France et propose deux batteries LFP (30 ou 43,2 kWh) pour 220 à 322 km d’autonomie WLTP.

Les premières livraisons ont eu lieu à partir de juin 2025. C’est elle qui affronte directement les Renault 5 E-Tech, Citroën ë-C3 et Fiat Grande Panda. Pas la Dolphin G, qui sera un hybride rechargeable et arrivera plus tard.
Stella Li, la numéro 2 de BYD, ne s’y trompe pas. Selon ses dires, le format compact représente plus de 40 % des ventes dans le sud de l’Europe. Un segment qui n’existe pratiquement pas en Chine. « Si nous n’avons pas la bonne voiture dans ce segment, nous perdons », concède-t-elle lucidement. Une déclaration forte. L’objectif est clair : bousculer la domination de la Peugeot e-208 et de la Citroën ë-C3.
Un succès gagné d’avance ?
Mauvaise nouvelle pour ces nouveaux venus : proposer la bonne fiche technique ne garantit rien. Construire un réseau de distribution solide et assurer un service après-vente fiable demande un temps démentiel. Et c’est sans parler du déficit de notoriété.
Prenez l’exemple de la petite Firefly, filiale de Nio. Sur le papier, c’est une proposition ultra-alléchante face à la Renault 5 E-Tech ou la future Volkswagen ID. Polo. Pourtant, cette citadine abordable fait actuellement un véritable bide chez nous. Les clients européens boudent la marque, au point que la firme multiplie les réductions drastiques sur ses stocks pour tenter de sauver les meubles. Pas très rassurant !

En face, les constructeurs traditionnels contre-attaquent massivement sur les prix. Proposer une citadine à 25 000 euros, bonus écologique non déduit, est devenu la norme. La bataille s’annonce longue et complexe.
Une nouvelle ère automobile
Sur le terrain, l’addition reste salée pour les marques chinoises. Depuis octobre 2024, l’Union européenne applique des droits de douane additionnels aux véhicules électriques fabriqués en Chine, qui se cumulent aux 10 % déjà en place.
BYD est taxé à 17 %, Geely (Smart, Volvo) à 18,8 %, et SAIC (MG) jusqu’à 35,3 %. C’est précisément pour s’en affranchir que BYD ouvre une usine en Hongrie, qui produira la Dolphin Surf, l’Atto 2 puis la future Dolphin G.
Les constructeurs chinois ont clairement trouvé la formule pour concevoir des voitures physiquement adaptées à nos centres-villes. C’est une étape cruciale de franchie.
Reste à voir s’ils sauront rassurer les consommateurs et construire une image de marque pérenne. Il y a fort à parier que l’affrontement avec nos champions européens va s’intensifier de manière phénoménale.
À condition que le cadre réglementaire ne vienne pas freiner leurs ambitions. Il est clair que les taxes douanières ne leur facilitent pas la tâche, tout comme le réglement sur les prix planchers. On a hâte de suivre ça.
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