L’Allemagne veut interdire les faux bruits de moteur sur les voitures électriques

Faux V8, vrai débat

 
La coalition SPD-Verts au pouvoir à Hambourg a déposé une motion pour interdire les faux bruits de moteur sur les voitures électriques lancées à vitesse élevée. Le parlement régional se prononce le 16 septembre 2026.
Dodge Charger Daytona // Source : Frandroid

Une électrique qui gronde comme un V8 essence, sans une goutte de carburant brûlée : c’est déjà une réalité chez plusieurs constructeurs premium. Ils équipent leurs modèles zéro émission de sons artificiels diffusés vers l’extérieur. Rosa Domm, députée des Verts et cosignataire de la motion, appelle ça une « mauvaise blague ». Pour elle, une voiture silencieuse devrait le rester plutôt que de gâcher cet avantage.

En dessous de 20 km/h, les électriques ont pourtant l’obligation de faire du bruit. C’est le rôle de l’AVAS (Acoustic Vehicle Alerting System), un son artificiel imposé par le règlement UN/CEE n°138 pour que piétons et cyclistes les entendent arriver. Personne ne conteste cette sécurité. Au-delà de 20 km/h, le bruit des pneus suffit déjà à signaler la voiture. C’est justement là, à vitesse élevée, que Hambourg veut couper le son.

Derrière la querelle de style, il y a un vrai enjeu sanitaire. Selon l’Agence européenne pour l’environnement, le bruit des transports contribue à environ 66 000 morts prématurées par an en Europe. Plus de 30 % de la population vit dans des zones où il dépasse les seuils recommandés par l’OMS, et le trafic routier reste la première source.

Le bruit devient un argument de vente

Le passage à l’électrique prive les amateurs de mécanique d’un plaisir familier : le grondement du moteur. Les constructeurs l’ont bien compris. Mercedes-AMG propose un faux V8, autrement dit une électrique qui rugit comme un gros bloc essence, Audi un son de turbine sur son E-Tron GT, Maserati prépare le sien.

On retrouve la même recette sur l’Abarth 500e, la Hyundai Ioniq 5 N ou la Porsche Taycan GTS, qui diffusent toutes une bande-son maison. Fallait-il vraiment recréer le bruit qu’on venait tout juste de supprimer ?

Une norme ONU toute neuve, déjà jugée trop laxiste

Jusqu’en 2026, ces sons extérieurs à vitesse élevée n’étaient encadrés par aucune norme d’homologation internationale. En juin 2026, le groupe de travail 29 de la CEE-ONU a amendé le règlement UN/CEE n°51 pour combler ce vide, que l’Europe a justement commencé à encadrer.

Le texte crée une catégorie : l’« Enhanced Exterior Sound » (EES), ces sons volontairement amplifiés vers l’extérieur. Le son doit être coupé à chaque démarrage et réactivé à la main par le conducteur. Entre 20 et 80 km/h, le règlement tolère malgré tout jusqu’à 80 dB(A) dès 150 kW de puissance (204 ch). Pour Hambourg, c’est encore beaucoup trop permissif.

Portée par le SPD et les Verts, la demande hambourgeoise a encore du chemin. Même adoptée le 16 septembre, la motion ne change rien toute seule : Hambourg devra convaincre une majorité au Bundesrat pour lancer une modification de loi fédérale. En Allemagne, le bruit des voitures relève du §49 de la StVZO, qui renvoie au règlement européen 540/2014, lui-même calé sur la norme ONU n°51. Bref, faire taire les électriques suppose d’agir sur trois niveaux réglementaires à la fois.


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