Free Mobile a fêté ses 4 ans d’existence le 10 janvier dernier. C’est en effet le 10 janvier 2012 que Xavier Niel, le trublion des télécoms, faisait son arrivée dans l’univers de la téléphonie mobile avec Free Mobile, une filiale du groupe Iliad. En quatre ans, beaucoup de choses ont changé, que ce soit chez Free Mobile, avec la modification des deux seules offres existantes, ou encore l’arrivée du pass destination, de la 4G, l’enveloppe de 50 Go de data. La situation a également évolué hors du cadre d’Iliad, puisque ces dernières années ont vu naître une guerre des prix qui commence à peine à se calmer. Le rachat de Bouygues Telecom par Orange pourrait aussi avoir un impact fort sur Free Mobile, en termes d’investissement et de couverture. Retour sur 4 ans de révolution mobile.

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Free Mobile a obtenu une partie de la bande 2100 MHz en décembre 2009, pour créer un quatrième réseau 3G en France. Il s’écoule ensuite deux ans, le temps de déployer ce réseau et de mettre en place les infrastructures nécessaires à l’exploitation d’un réseau mobile. Le 10 janvier 2012, Iliad, par l’intermédiaire de Xavier Niel, lance officiellement la fusée Free Mobile, le quatrième opérateur mobile français, après Orange, SFR et Bouygues Telecom, le plus « jeune » qui date de 1993. Xavier Niel veut alors « diviser par deux la facture mobile d’un foyer moyen ».

L’opérateur frappe fort, avec deux forfaits : le premier, tout illimité (appels en France et vers l’étranger, SMS, Internet) pour 19,99 euros par mois, le second, plus restreint, pour 1,99 euro par mois. Le pavé dans la mare était lancé, avec un prix environ deux fois moins élevé que ce que proposaient jusqu’alors les trois opérateurs dans l’Hexagone. La guerre des prix était déclarée.

 

La chute des prix du mobile

Les trois opérateurs ont alors réagi, à coup d’offres promotionnelles et même de lancements de nouvelles marques : RED chez SFR, B&You chez Bouygues Telecom et Sosh chez Orange. L’idée, face à la fuite de leurs clients, était de réussir à proposer des forfaits « low cost » pour s’aligner sur celui de Free Mobile, grâce à une réduction des coûts (support et inscription uniquement en ligne, peu d’options et de services, etc.).

Et on peut dire que la manœuvre de Free Mobile a plutôt bien fonctionné puisque la facture mensuelle moyenne a fondu entre 2010 et 2015 : de 26,7 euros par abonné au quatrième trimestre 2009, il est passé à 16,2 euros au premier trimestre 2015, son plus bas niveau historique. Ce chiffre remonte toutefois en s’établissant à 16,8 euros par abonné pour le troisième trimestre 2015. Une timide hausse, mais qui témoigne d’une pause, voire de la fin de la guerre des prix avec notamment des hausses de prix chez SFR. L’arrivée de Free Mobile aura toutefois réussi à faire baisser la facture mensuelle moyenne d’environ 35 %, ce qui est déjà énorme, même si Xavier Niel n’a pas réussi à tenir ses promesses.

arcep facture mensuelle mobile moyenne

 

La qualité de service remise en cause

Mais tout n’est pas si rose pour Free Mobile. En effet, la qualité de service, une notion extrêmement importante pour les clients d’une offre mobile, est un problème depuis le lancement de l’offre. On se souvient en effet de la difficulté de passer des appels lors des premiers mois sur le réseau Free Mobile ou encore du bridage des vidéos. En quatre ans, l’opérateur mobile a réussi à augmenter grandement la qualité de service, mais celle-ci pêche encore face à la concurrence, comme l’a révélé l’enquête de l’ARCEP publiée en juillet 2015. Free Mobile se classe en effet dernier, notamment sur la navigation web et les vidéos en ligne.

ARCEP qualité couverture 2015

Pendant ses quatre années d’existence, Free Mobile a tout de même réussi à capter de nombreux abonnés (plus de 11 millions de clients en novembre 2015, pour 16 % de parts de marché) malgré une qualité de service en retrait face à la concurrence.

Pour attirer et conserver ses abonnés, Free Mobile a multiplié l’ajout de services, qui peut être considéré comme une baisse de prix puisque des offres concurrentes proposaient déjà ce type de services pour un coût supérieur. C’est par exemple le cas du roaming : Free Mobile a annoncé la possibilité d’utiliser, sans surcoût, l’intégralité de son forfait au Portugal en avril 2013 avant d’annoncer de nouvelles destinations régulièrement. Le pass destination atteint désormais 34 destinations à travers le monde. Le quota de data mensuel a également fortement augmenté. Lors du lancement du service, il atteignait déjà 3 Go, une quantité énorme pour l’époque. Il est ensuite passé à 20 Go lors du lancement du réseau 4G en décembre 2013 puis à 50 Go par mois en septembre dernier.

 

La couverture réseau, le point noir

Pour 19,99 euros par mois (voire 15,99 euros pour les clients Freebox), le forfait de Free Mobile est imbattable. Aucun concurrent n’arrive à proposer un forfait similaire en terme d’offres et services. Mais les concurrents dépassent Free sur deux points très importants : la qualité de service, déjà abordée, et la couverture du territoire.

Free Mobile s’est lancé sur le marché du mobile bien après ses concurrents et l’entreprise doit donc rattraper son « retard » en termes de couverture, avec de forts investissements pour installer de nouvelles antennes. En décembre 2010, Free Mobile couvrait, avec son réseau 3G, 27 % de la population française. Un chiffre qui atteignait, en août 2015, plus de 80 % de la population.

Pour les zones non couvertes par le réseau propre, Free Mobile fait appel au réseau Orange par l’intermédiaire d’un contrat d’itinérance. Ce contrat – qui aurait rapporté 400 millions d’euros à Orange en 2015 – permet également à Free Mobile d’accéder à l’ensemble du réseau 2G d’Orange puisque la filiale d’Iliad ne possède aucune fréquence exploitable dans la 2G pour le moment. C’est pour cette raison que l’ARCEP souhaite mettre un terme à ce contrat d’itinérance en deux temps : d’abord pour la partie 3G, puis pour la partie 2G, lorsque le besoin d’utiliser ce type de réseau n’existera plus, vers 2020 – 2022.

4G couverture opérateurs mobiles

En matière de couverture, il faut dire que Free Mobile n’est pas très avantagé face à la concurrence. L’opérateur mobile dispose uniquement de la bande 900 MHz pour les « fréquences en or » permettant de mieux pénétrer les bâtiments et disposer d’une meilleur couverture, mais il pourra bientôt déployer des antennes dans la bande 700 MHz. En terme de patrimoine spectral (la quantité de fréquences détenues), Free Mobile est loin derrière la concurrence : seulement 55 MHz contre 95 MHz pour Orange, 85 MHz pour SFR et 80 MHz pour Bouygues Telecom, en prenant en compte les bandes 700 et 1800 MHz qui pourront être utilisées plus tard dans l’année. La différence est grande, mais doit être légèrement tempérée puisque Free n’a pas de réseau 2G à exploiter.

Mais le patrimoine spectral est très important pour améliorer la couverture du territoire, la capacité des cellules (pour accueillir plus de clients sur une même antenne) ainsi que le débit. Le rachat de Bouygues Telecom par Orange pourrait bien aider Free Mobile à se refaire une santé dans ce domaine.

 

Rachat de Bouygues par Orange : un second départ pour Free Mobile

Même si le rachat de la filiale de Martin Bouygues par l’opérateur historique n’est pas encore acquis, les négociations continuent. Et il est fort probable que Free Mobile reparte avec une partie des antennes et fréquences de Bouygues Telecom, qui ne servirait pas à grand-chose à Orange, à part à faire peur à l’autorité de la concurrence.

logo orange bouygues rachat

Il est donc possible que d’ici quelques mois, Free Mobile rachète quelques dizaines de MHz de fréquences, notamment dans la bande 800 MHz où Bouygues Telecom dispose d’une bande de 10 MHz de largeur. L’opérateur pourrait ensuite activer très rapidement cette fréquence puisque les antennes déployées par Free Mobile sont déjà compatibles avec cette fréquence, ce qui permettrait d’augmenter facilement et rapidement la couverture du territoire puisque la bande 800 MHz porte plus loin que la bande 2600 MHz actuellement utilisée. À titre d’information, Nokia Siemens Network indique qu’en 3G, la bande 900 MHz peut couvrir une surface entre 3 et 4 fois supérieure.

 

Vers la fin de l’itinérance avec Orange

Sur le moyen terme, Free Mobile devra considérer la fin de l’itinérance avec Orange sur les réseaux 2G et 3G. Pour le moment, l’ARCEP a publié une consultation publique pour la création de règles à respecter dans les contrats d’itinérance et de mutualisation. Au sein de ce document, le gendarme des télécoms a abordé le contrat entre Orange et Free Mobile.

Pour l’autorité, l’itinérance du réseau 3G doit commencer à cesser progressivement, dans les zones avec une bonne couverture 3G en propre, avec une extinction totale sur tout le territoire entre 2018 et 2020. Pour la 2G, l’extinction devra intervenir entre 2020 et 2022, ce qui signifie que Free ne pourra plus compter sur les antennes d’Orange.

A lire sur le sujet : Itinérance et mutualisation : tout sur le partage des réseaux mobiles en France

 

Après la guerre des prix, la guerre de la qualité de service ?

Une fois que les chantiers de la couverture 3G et 4G seront terminés, Free Mobile pourra se pencher davantage sur le sujet de la qualité de service. Orange est le grand leader sur ce domaine et distance ses principaux concurrents, mais Free Mobile a encore du chemin à parcourir pour rattraper SFR et Bouygues Telecom. Le rachat de Bouygues Telecom par Orange pourrait donc bien donner à Free Mobile les armes pour concurrencer Orange et SFR sur tous les domaines avec une maturité acquise en seulement quatre années.

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En croquant la filiale télécoms de Martin Bouygues, Orange renforcerait Free Mobile qui pourrait alors déplacer la guerre des prix vers une guerre des services. De quoi faire augmenter la facture mensuelle des abonnés mobiles, ce qui plairait à tout le monde, sauf aux consommateurs. Free Mobile réussira-t-il à conserver sa place de « trublion des télécoms » sur un marché à trois opérateurs ? C’est possible puisque sur le fixe, l’ARPU (le revenu moyen par abonné) a légèrement diminué entre 2013 et 2015, sur un marché où Free est loin d’être un débutant. L’avenir de Free Mobile – et du marché mobile français – se jouera avec la vente de Bouygues Telecom par Orange. L’annonce devrait être faite avant le 16 février prochain, selon BFM.

 

Quatre années d’évolution en une infographie

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