Messages chiffrés : une loi américaine contre la pédophilie veut les rendre ineptes

La traque des pédophiles pourrait se poursuivre sur les messageries chiffrées

 

Les plateformes ayant recours aux conversations chiffrées, souvent présentées en tant que véritable argument marketing, pourraient prochainement être contraintes par les autorités américaines à offrir un accès à ces échanges dans le cadre de la lutte contre la pédophilie.

WhatsApp compte parmi les plateformes qui pourraient être concernées par ce projet de loi aux États-Unis.

Les pédophiles bientôt plus à l’abri nulle part ? C’est en tout cas ce que souhaitent certains politiciens américains. Une proposition de loi introduite par plusieurs sénateurs vise en effet à ouvrir les conversations chiffrées aux autorités, dans le cadre de la protection des mineurs et de la lutte contre la pédophilie. Plusieurs plateformes, dont Facebook et Twitter, seraient concernées par le texte, qui cherche par ailleurs à redéfinir leur responsabilité à l’égard de ce qui est publié sur leurs services respectifs.

L’idée de cette loi, surnommée « EARN IT Act » outre-Atlantique, serait ainsi d’abroger le simple statut d’hébergeurs détenus par ces grands groupes, pour leur faire coiffer de gré ou de force la casquette d’éditeurs. Ce changement permettrait notamment de tenir Facebook et Twitter (entre autres) pour responsables à part entière des contenus véhiculés au moyen des outils qu’ils mettent à disposition du public. En cas d’adoption, le changement de paradigme pourrait être radical, tout spécialement dans le cadre d’enquêtes criminelles, où l’accumulation de preuves repêchées dans les échanges chiffrés pourrait changer la donne.

Traquer les pédophiles ou nuire à la vie privée ?

Reste que pour permettre aux forces de l’ordre d’accéder à des conversations chiffrées de bout en bout, les géants de la Tech devraient ouvrir des « backdoors », ou portes dérobées en bon français. L’idée fait débat. Si Match Group (Tinder, OKCupid…) s’est exprimé en faveur dudit projet de loi, arguant qu’il permettrait d’installer « un nouveau code de conduite pour les entreprises technologiques, pour mieux protéger les enfants en ligne », nombreux sont les parties à le refuser en bloc.

Un refus soutenu, notamment, par de nombreuses associations de défenses des droits humains, dont Amnesty International et Human Rights Watch. Dans une lettre ouverte, note BFMTV (via AFP), plus d’une centaine d’experts et d’organismes ont ainsi critiqué la mise en place de portes dérobées, qui « menaceraient la sécurité et la vie privée de milliards d’utilisateurs d’internet dans le monde ». Il faut dire que ces messageries chiffrées sont aussi utilisées par des activistes dans des pays où la liberté d’expression est réduite, voire inexistante.

La police aurait déjà du mal à enquêter sur les affaires signalées par les réseaux sociaux

C’est d’ailleurs l’un des principaux arguments déployés par Apple et Facebook, qui estiment que des « backdoors » uniquement accessibles à la police n’existent pas. Elles pourraient en l’état être utilisées par d’autres entités… et à des fins plus discutables.

Certains, comme Eric Goldman, professeur en droit à l’université Santa Clara (Californie) et Co-Directeur du High Tech Law Institute, s’insurgent en pointant que la police ne suit déjà pas avec suffisamment de sérieux les « nombreux cas potentiels d’exploitation sexuelle que leur signalent les plateformes », indique BFM. L’intéressé ajoute enfin qu’en cas d’adoption du EARN IT Act, « les utilisateurs de messageries sécurisées adopteront des applications étrangères, ce qui pénalisera les entreprises américaines ». Le problème initial ne s’en trouverait alors que déplacé.

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