Rachat de Warner Bros. : transaction suspendue, examen du deal par l’UE… Où en est la mégafusion avec Paramount ?

 
Le rachat de Warner Bros. Discovery est validé depuis plusieurs mois mais la transaction patine entre les inquiétudes exprimées par le milieu du cinéma ainsi qu’un procès antitrust initié en Californie. La mégafusion est pour l’heure totalement bloquée et pourrait continuer à l’être jusqu’en 2027.

Ce devait être une simple formalité à 82,7 milliards de dollars. Le 5 décembre 2025, l’accord de rachat de Warner Bros. Discovery par Netflix a été annoncé en grande pompe.

Cette annonce affirmait que Netflix ne rachèterait pas l’entièreté du groupe. L’acquisition concernait uniquement les studios de cinéma et de télévision, la division HBO avec la plateforme de SVoD et les studios de jeux vidéo.

La transaction devait être finalisée après la scission précédemment annoncée de la division Global Networks de WBD, Discovery Global, en une nouvelle société cotée en bourse, qui devrait désormais être achevée au troisième trimestre 2026.

Sauf qu’entre-temps, c’est Paramount qui est venu jouer les trouble-fêtes en lançant une OPA. À tel point que la situation s’est désormais renversée, puisque Warner Bros Discovery estime que la dernière offre de Paramount est la plus intéressante. De son côté, Netflix, après un rendez-vous raté avec la Maison Blanche, vient d’annoncer ce vendredi 27 février son retrait des négociations.

Où en est le rachat de Warner Bros. Discovery par Paramount ?

Comme pour le rachat d’Activision Blizzard par Microsoft, la vente nécessite d’être examinée à la loupe par les autorités de la concurrence. Il faut ainsi juger si, suite à cette acquisition, Paramount ne dépasserait pas les 30 % de parts de marché du box-office, du streaming et de la télévision.

Ces autorités, la FCC et le DOJ (le ministère américain de la Justice), sont toutefois loin d’être des agences indépendantes étant donné que leurs responsables sont nommés par le pouvoir en place. Ainsi, Brendan Carr, président de la FCC et proche de Donald Trump, s’est récemment montré plus favorable au deal de Paramount qu’il ne l’était avec celui de Netflix. En juin 2026, le ministère américain de la Justice a approuvé la fusion, malgré les protestations de l’industrie audiovisuelle qui craint une vague de licenciements.

L’Union européenne a également donné son feu vert à la fusion, à condition que Paramount se retire de United International Pictures (UIP), une coentreprise détenue avec Universal Pictures, dans les 13 mois suivant le rachat. Paramount n’aura également plus le droit de s’associer avec Universal en Europe pendant 10 ans.

Le rachat de Warner Bros. est suspendu par Paramount dans l’attente d’un procès. // Source : Montage Frandroid

On pourrait ainsi croire que la fusion Paramount-Warner Bros n’est plus qu’une formalité. Pourtant, l’entreprise de David Ellison a annoncé suspendre la transaction. La raison ? Un procès antitrust demandé par une coalition de 12 États américains, la Californie en tête. Suite à une première décision de la justice fédérale ordonnant une pause de la fusion-acquisition, Paramount s’est engagé à ne pas conclure la transaction avant cinq jours après la tenue du procès, ou le 1er juin 2027. Or, ledit procès pourrait ne pas se dérouler avant avril 2027.

Un imprévu qui risque de coûter cher, et même très cher à Paramount. L’accord de rachat prévoit une pénalité de 7 millions de dollars par jour à verser aux actionnaires si le rachat n’est pas bouclé avant le 30 septembre. Entre cette échéance et celle du 1er juin 2027, Paramount paierait ainsi une pénalité totale de 1,708 milliard de dollars.

Quelle offre a les faveurs de Warner Bros. Discovery ?

Dans un premier temps, deux offres étaient sur la table. Celle de Netflix, estimée à 82,7 milliards de dollars, et celle de Paramount, à 108,4 milliards de dollars. Le conseil d’administration avait choisi son camp, privilégiant l’offre de Netflix, plus stable financièrement. De son côté, Paramount souffre d’une montagne de dettes avec des soutiens parfois flous, dont des fonds souverains étrangers.

Pour autant, Paramount n’a pas lâché l’affaire, jouant de tous les atouts possibles à commencer par Donald Trump. Le président des États-Unis est un proche du clan Ellison : David Ellison qui est à la tête du groupe Paramount et Larry Ellison, le père du dernier et co-fondateur d’Oracle qui mettrait 40 milliards de sa fortune personnelle garantie. Enfin, Jared Kushner, le gendre de Donald Trump, a également assuré son soutien financier à l’OPA de Paramount.

C’est que le président américain verrait d’un bon œil l’achat, pour des raisons principalement politiques. En effet, la chaîne câblée CNN, bête noire de Donald Trump, passerait sous le giron de ses fidèles et le président des États-Unis pourrait ainsi soit y exercer son influence, soit la faire fermer pour de bon.

Paramount a donc multiplié les surenchères jusqu’à la date du 25 février avec une ultime offre :

  • Nouvelle offre à 31 dollars par action au lieu de 30 dollars
  • Paiement des frais de rupture du deal avec Netflix à hauteur de 2,8 milliards de dollars
  • Paiement de 7 milliards de dollars à Warner Bros. Discovery si le deal rencontre un blocage
  • Avancement de la date de versement de la prime trimestrielle aux actionnaires

C’est cette offre qui a fait bouger les lignes et fait changer d’avis les décisionnaires chez Warner Bros Discovery.

De son côté Netflix n’a pas bougé d’un pouce. Dans une interview chez Variety, Ted Sarandos co-directeur général de Netflix évoquait sa ligne rouge :

« Mais au fond, nous sommes des acheteurs super-disciplinés, comme vous le savez probablement, nous avons la réputation d’être ainsi, à tel point que je suis prêt à passer à autre chose et laisser quelqu’un d’autre payer trop cher. »

Ted Sarandos, co-directeur général de Netflix

Qu’est ce que Paramount rachèterait ?

Comme évoqué plus haut, l’offre de Paramount mise sur la table impliquerait l’achat de tous les actifs de Warner Bros. A savoir les studios de production, les studios de jeux vidéo, HBO Max (qui fusionnerait avec Paramount+) mais aussi les chaînes de télévision. En bref, une absorption totale du groupe et pas une simple scission.

Quelles licences sont incluses dans le rachat ?

On le sait, la plateforme HBO Max dispose d’un catalogue étoffé avec bon nombre de droits sur de grosses franchises cinématographiques.

Voici quelques licences notables :

  • Harry Potter et Les Animaux Fantastiques
  • Le Seigneur des Anneaux et Le Hobbit
  • Les films et séries du DCU (Superman, Batman, Wonder Woman, Suicide Squad…)
  • Les cartoons Looney Tunes et Hanna Barbera (Le Laboratoire de Dexter, Les Supers Nanas, Tom et Jerry, Scooby-Doo, Yogi l’ours…)
  • Les films et séries adaptés de certaines œuvres de Stephen King (ÇaL’InstitutLa Ligne verte…)
  • Game of Thrones et House of the Dragon

Quelles chaînes de télévision seront acquises par Paramount ?

Étant donné que Paramount rachète l’intégralité de Warner Bros. Discovery, toutes les chaînes télé de ce dernier dont certaines sont diffusées en France finiront entre les mains de David Ellison. Voici les plus notables :

  • Adult Swim
  • Cartoon Network
  • Eurosport
  • CNN
  • HBO
  • Comedy Central
  • Discovery Channel
  • HLN
  • TBS

Et les productions en cours ?

Les films et séries programmés au plus tard jusqu’à mi-2027 ne voient pas leur planning bouger. La sortie de la série Harry Potter ne devrait donc pas être perturbée, du moins, pour la première saison.

La suite relèverait uniquement de Paramount. Pour son offre de rachat, comme le rapporte Screen Rant, Netflix avait promis de « maintenir les opérations en cours de Warner Bros. et de tirer parti de ses forces, y compris les sorties en salles ». Donc les productions comme Batman 2, Dune 3 et The Hunt for Gollum devraient a priori sortir en salles obscures comme initialement prévu.

Que ce soit pour la série Harry Potter ou les autres productions à venir, après rachat, ce sera à Paramount de décider du renouvellement ou non, du budget, du planning de sortie des épisodes et des saisons, du branding (que HBO conserverait sur ses productions) mais aussi tout ce qui entoure la production d’une série.

Paramount aurait en théorie le droit de retoucher également à la direction artistique ou au ton d’une série HBO, mais il est plus probable que dans le cas des projets critiques (comme la série Harry Potter), la firme laisse la main aux équipes nommées par Warner.

Qu’est-ce que Netflix souhaitait racheter ?

Comme évoqué dans l’introduction, l’offre ne concernait que certaines parties du groupe Warner Bros. Des studios de productions, la chaîne HBO et la plateforme de streaming HBO Max étaient intégrés dans le deal. En outre, les studios de jeux vidéo tels que Rocksteady et Avalanche Software étaient inclus.

Source : Warner Bros. Games

Si la partie vidéoludique est en soi très importante et ferait alors de Netflix un des géants du jeu vidéo, la firme ne semblait pas donner la priorité au gaming.


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