Pourquoi la consommation sera le critère le plus important des voitures électriques (devant l’autonomie)

 
Si on a l’habitude des étiquettes énergie pour les voitures thermiques, elles n’existent pour le moment pas pour les véhicules électriques, qui sont simplement catégorisés A avec 0 g/CO2 par kilomètre, comme si elles étaient toutes pareilles. Pourtant, on imagine que dans le futur, la consommation d’une électrique sera l’un des points déterminants. Faisons le point.

Vous voyez passer une publicité sur une voiture électrique, et sont mises en avant seulement trois caractéristiques : autonomie maximale, performances, et capacité de recharge ultra-rapide. Pour trouver des informations sur la consommation, il faut bien souvent aller lire les petites lignes au niveau des mentions légales.

Pourtant, avec une évolution des technologies qui plafonne sur certains plans (densité énergétique, durée de recharge), la consommation énergétique est l’une des caractéristiques qui permet vraiment de se démarquer.

Nous allons donc voir pourquoi l’optimisation de la consommation pourrait devenir l’une des priorités dans les prochaines années, avec un intérêt conséquent pour les consommateurs, comme pour les pouvoirs publics. Nous nous concentrerons aussi sur certains gros acteurs du marché, particulièrement du côté des constructeurs venus de Chine, qui semblent pour le moment préférer mettre l’accent sur d’autres points, à quelques exceptions près. L’avenir appartient-il bien aux véhicules les plus efficients ?

Une stagnation technologique qui remet la consommation sur le devant de la scène

En 2017, je prenais livraison de ma première voiture électrique : une Renault Zoe ZE40. Comme son nom l’indique, elle était équipée d’une batterie de 40 kWh. 9 ans plus tard, la Zoe n’existe plus, mais les véhicules du même segment n’ont pas forcément une batterie sensiblement plus grande. La Renault 5 E-Tech (batterie autonomie urbaine), la Hyundai Inster, la Citroën ë-C3 ou encore la Fiat 500e sont autant de voitures qui n’ont pas plus de batterie qu’une ancienne Renault Zoe.

Pour des citadines, les constructeurs ne peuvent défier les lois de la physique, et sont ainsi contraints de proposer des batteries dont le volume et le poids sont acceptables. Typiquement, c’est entre 40 et 50 kWh depuis une petite dizaine d’années, et bien que certaines promesses d’amélioration drastique de la densité énergétique reviennent fréquemment sur le devant de la scène, nous n’y sommes toujours pas.

Batteries semi-solides Welion pack
Branchées, accumulées, les cellules semi-solides revendiquent 20 % à 25 % d’énergie à poids équivalent. // Source : M. Lauraux pour Frandroid

Pour atteindre les 60 kWh, il faut généralement aller sur des véhicules plus gros, comme une Tesla Model Y d’entrée de gamme par exemple, qui a ainsi plus de place pour embarquer des cellules supplémentaires. Cependant, qui dit véhicule plus gros, dit aussi véhicule plus lourd et moins efficient dans de nombreux cas. La consommation devient alors le point critique pour départager plusieurs voitures concurrentes.

L’aspect réglementaire va forcément petit à petit rentrer dans l’équation, avec une attribution de bonus écologique qui pourrait être soumise à une consommation raisonnable, un poids maximal ou encore un éco-score global qui va pousser à la sobriété.

Qui plus est, la recharge rapide arrive à un plafond tout comme la densité énergétique (au moins en Europe), où la norme semble être 250 kW au maximum en 400 volts, et 350 kW en 800 volts. Cette puissance va permettre de récupérer en une grosse vingtaine de minutes de quoi rouler autour de deux heures sur autoroute, à condition d’avoir une voiture qui ne consomme pas outre mesure.

Si tel n’est pas le cas, il faudra soit allonger les temps de recharge, soit baisser sa vitesse pour ne pas que la batterie fonde comme neige au soleil. C’est pourquoi deux véhicules électriques avec une batterie similaire, mais des consommations qui n’ont rien à voir, n’arrivent pas à destination au même moment. Lorsqu’il s’agit de voyager en famille, nul doute que la plus sobre l’emportera.

Enfin, la consommation est également la clé pour maximiser les économies à l’utilisation d’une voiture électrique. Bien que l’on puisse recharger chez soi pour moins de 3 euros aux 100 kilomètres, on va fréquemment doubler voire tripler le montant lors des grands trajets. À la longue, l’écart entre une voiture qui consomme peu et une très énergivore se fait ressentir.

Un impact réel sur les coûts d’usage

Vous l’aurez compris, il y a un triple intérêt à proposer des véhicules ayant une petite batterie : c’est moins cher à produire, la voiture est plus légère, et la consommation est plus basse. Sur la facture d’achat comme au niveau du coût d’utilisation, une voiture électrique qui consomme peu est la meilleure alliée de votre portefeuille. Les petits trajets du quotidien sont presque invisibles sur la facture d’électricité lorsqu’on recharge à la maison, et le besoin d’une borne de recharge puissante n’est souvent plus justifié.

Source : Engie

En effet, en admettant qu’il faille de quoi recharger 100 kilomètres par jour, une voiture qui consomme 16 kWh/100 km pourra se satisfaire d’une prise de courant classique tout en rechargeant uniquement en heures creuses, quand une autre, consommant plutôt 22 kWh/100 km, nécessitera a minima une prise renforcée de type Green’Up.

Sur les grands trajets, l’écart est bien marqué, comme nous l’avons déjà montré dans ce dossier, qui met en avant la consommation comme l’un des facteurs déterminants pour voyager sereinement. Et enfin, pour les flottes d’entreprise où les économies d’échelle ont beaucoup de sens, gagner 3 kWh aux 100 km sur des dizaines de milliers de voitures qui roulent parfois plus de 20 000 kilomètres par an est un avantage énorme. Les comptables ne s’y tromperont probablement pas.

Ce que dit la stratégie des constructeurs, notamment chinois

Les véhicules électriques venus de Chine font beaucoup parler d’eux en Europe, avec des parts de marché qui croissent considérablement. Les raisons sont souvent toutes trouvées : elles proposent un rapport prix-prestation généralement meilleur que le reste du marché. Cependant, s’il y a bien un point qui n’est jamais vraiment considéré comme important, c’est celui de la consommation.

Nous en avons déjà parlé à plusieurs reprises, notamment lors de l’essai de la BYD Sealion 7, qui affichait une consommation de plus de 30 kWh/100 km sur autoroute, ou même la petite BYD Dolphin Surf avec une consommation WLTP dépassant celle d’une Tesla Model Y de plus de 2 tonnes. Attention toutefois, comme nous l’avons déjà expliqué, la consommation WLTP cache trop souvent certains aspects, qui valent la peine d’être confirmés lors d’essais.

BYD Sealion 7 // Source : Jean-Baptiste Passieux

Certains constructeurs européens et américains choisissent toutefois de remettre la consommation au centre des débats, à commencer par Tesla qui reste fréquemment dans le haut du classement. Et cela, malgré des véhicules globalement plus lourds et plus gros que beaucoup de citadines. Mention honorable également pour Hyundai avec la Ioniq 6, ou encore BMW avec la i4, qui ont remis la consommation au centre des préoccupations, en montrant que pour voyager rapidement, ce sont des véhicules bien adaptés.

Nul doute que les divers bonus écologiques et incitations à l’achat prendront en compte la consommation, notamment pour sortir de la catégorie A et 0 g CO2/km de l’étiquette énergie qui ne donne finalement aucune information pour les voitures électriques.

Pour aller plus loin
« Flash charging » : BYD dévoile la technologie de recharge de voiture électrique aussi rapide qu’un plein d’essence

Mais attention toutefois : BYD et Zeekr pourraient bien changer la donne, avec la recharge en 5 minutes. La consommation deviendra donc moins importante, même si la Chine oblige les constructeurs à ne pas dépasser les 15 kWh / 100 km de consommation (en cycle CLTC) pour les voitures de moins de 2 tonnes.

L’avenir appartient aux efficients

Comme vous l’aurez compris, la variable qu’il semble possible d’optimiser dès maintenant, et pour quelques années encore est sans aucun doute la consommation. Il n’y aura pas de miracles à court terme sur les capacité de batteries ni sur les puissances de recharge compte tenu de l’infrastructure déjà déployée.

On se retrouve en 2026 avec des véhicules qui n’ont pas évolué en termes de capacité de batterie ni de charge rapide, comme en témoignent les modèles les plus populaires que sont les Tesla Model 3 et Y affichant les mêmes caractéristiques 8 ans après la sortie de la première version. En tant que facteur décisif au niveau de l’autonomie, de la rapidité sur les grands trajets, sur la facture mais aussi sur l’empreinte carbone, le choix intelligent de demain sera probablement celui qui consomme le moins pour aller d’un point à un autre.

Reste à surveiller l’émergence de nouveaux modèles ultra efficients, voire des micro-citadines ou berlines aérodynamiques qui remettent l’intelligence énergétique au cœur de la conception, afin de façonner les voitures électriques de demain.


Téléchargez notre application Android et iOS ! Vous pourrez y lire nos articles, dossiers, et regarder nos dernières vidéos YouTube.

Recherche IA boostée par
Perplexity