Nous avons eu l’occasion de tester xCloud en version preview. Après quelques parties sur Halo 5 et Gears 5, on en ressort avec un premier avis sur les forces et limites du service Xbox, mais aussi des interrogations.

Gears 5 sur xCloud

Gears 5 sur xCloud

Le cloud gaming est de plus en plus présent sur le marché du jeu vidéo, la technologie semble enfin prête pour le grand public. Si on connait déjà le PlayStation Now, GeForce Now et Shadow en France, qui seront rapidement suivis par Google Stadia, on attend encore le lancement du service Xbox.

Chez Microsoft, le service Xbox Game Streaming réunit deux initiatives assez différentes, avec d’un côté Console Streaming, l’équivalent du Remote Play qui permet de jouer à sa propre console à distance, et de l’autre xCloud, qui nous intéresse dans cet article. Pour rappel, ce dernier permet de jouer à des jeux directement en streaming sur son smartphone depuis les serveurs de Microsoft, sans avoir besoin d’une Xbox.

Comment nous avons testé xCloud depuis Paris

Le service xCloud est pour le moment disponible uniquement en preview aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Corée du Sud. Pour avoir une première idée du service, nous nous sommes inscrits au programme britannique.

Pour tester xCloud nous avons réuni les éléments suivants :

Impossible de démarrer une session sans l’un de ces éléments. Bien sûr il faut garder à l’esprit qu’il s’agit d’une preview, et à terme on imagine que d’autres manettes seront compatibles avec le service.

Si nous détaillons notre démarche, c’est aussi pour expliciter notre utilisation d’un VPN qui place un intermédiaire entre le serveur de Microsoft situé au Royaume-Uni et notre connexion parisienne. De fait, cet intermédiaire va avoir un impact sur l’expérience globale. Ce premier avant-gout de xCloud n’est donc clairement pas un test définitif, il faudra attendre le lancement en France pour cela.

Lancement du premier jeu

Une fois le système en place et l’application lancée et connectée, xCloud nous propose de lancer l’un des jeux proposés par Microsoft : Gears 5, Halo 5: Guardians, Killer Instinct ou Sea of Thieves. On a choisi de lancer la dernière production des Xbox Game Studios, à savoir Gears 5.

L'écran de chargement d'un jeu sur xCloud

L’écran de chargement d’un jeu sur xCloud

Après avoir choisi le jeu, on a le droit à un petit temps d’attente d’une dizaine de secondes, un peu comme le lancement d’un gros jeu mobile, avec une interface reprenant la nouvelle charte graphique Xbox qui devrait se généraliser au lancement de Scarlett. Le jeu démarre ensuite et on se retrouve dans la même situation qu’un lancement de jeu sur une Xbox avec la vidéo d’introduction affichant le logo du développeur et de l’éditeur, que l’on ne peut souvent pas passer.

Le jeu se connecte ensuite au compte Xbox Live pour synchroniser la sauvegarde inscrite dans notre compte. Phil Spencer, le patron de Xbox, avait insisté là-dessus : xCloud fera parti de l’écosystème Xbox Live au même titre qu’une Xbox ou qu’un PC avec un jeu Xbox Live. Ce n’est pas une toute nouvelle plateforme où il faudrait se recréer une liste d’ami.

Performance : priorité sur la fluidité d’affichage

Passons au vif du sujet, avec une longue session de jeux, d’abord sur Gears 5.

Gears 5 s’affiche en 16:9

Dans les bonnes conditions, sans perturbations du réseau, l’affichage est net et les commandes répondent bien. Difficile d’être exigeants quant aux détails graphiques sur un écran de smartphone, malgré la taille imposante du OnePlus 7T Pro. À l’œil, le jeu semble bien être lancé sur l’équivalent d’une Xbox One S, avec des effets visuels désactivés comparés aux versions Xbox One X ou PC. La définition d’affichage semble bonne, et on ne relève pas une compression trop forte comme on pourrait s’y attendre avec du streaming.

Quand le smartphone a plus de mal avec la connexion, que ce soit à cause d’un réseau Wi-Fi saturé, du VPN ou autre chose, Microsoft a choisi de procéder à une sévère compression dynamique de l’image pour assurer une fluidité de l’affichage. Résultat, hormis quelques exceptions, le flux vidéo est resté fluide et sans coupures.

Des artefacts de compression très visible, ici sur Halo 5 : Guardians

En revanche, la baisse de définition est très visible, voire trop visible dans de mauvaises conditions. On peut alors noter l’affichage d’artefacts à l’écran, rappelant un peu une vidéo YouTube avec un réseau mobile capricieux. Surtout, on a pu déjà noter une baisse ou une remontée de définition avec un balayage de l’écran très apparent, un bel effet « diapositive » en quelque sorte.

Sur le papier, le choix de Microsoft est le bon : garantir la fluidité de l’expérience est bien plus important pour un jeu vidéo, ou en tout cas prioritaire, que la qualité de l’image. Cette image est toutefois un peu trop compressée dans les pires moments pour donner une bonne expérience de jeu. Insistons une nouvelle fois sur les conditions du test qui ne permettent pas de donner un avis définitif sur la fréquence de ces pertes de définition. Il s’agit peut-être de cas extrêmes que l’on ne rencontrera pas, une fois que le service sera disponible en France.

Concernant la latence, elle est très difficile à évaluer dans ces conditions. Compte tenu du passage par un VPN et de la connexion à un serveur étranger, j’ai trouvé la latence étonnamment bonne. Suffisamment bonne pour m’en sortir au début de Gears 5 ou Halo 5.

Une expérience pas encore mobile

Indépendamment des conditions du réseau et de cette prise en main, on peut discuter de la proposition xCloud et de son implémentation par Microsoft. Il s’agit aujourd’hui d’un service compatible avec un smartphone, mais qui n’est pas pensé pour le smartphone. La nuance est importante.

Depuis l’arrivée des smartphones, le jeu mobile se traduit généralement par quelque chose d’assez court : des petites sessions de jeux dans des moments d’attentes, dans les transports en commun par exemple. Ici, xCloud n’est pas vraiment pensé pour de petites sessions, et ce à plusieurs égards.

L’ensemble nécessaire pour jouer est encombrant

D’abord, et c’est sans doute ma critique la plus importante, chaque démarrage d’un jeu demande plusieurs secondes. Pour lancer la session elle-même, mais aussi et surtout pour rentrer dans une partie. Avec la promesse du cloud gaming, on aimerait pouvoir reprendre en un clic une partie, comme on peut reprendre au milieu d’un épisode sur Netflix. Dans sa version actuelle, xCloud est en fait plus long pour reprendre un jeu qu’une Xbox, puisque cette dernière ne repassera pas par le menu principal du jeu ou les vidéos d’introductions des développeurs.

Évidemment il y a aussi la question du jeu sur manette qui rend l’ensemble assez lourd, 520 grammes pour le matériel utilisé dans cet article, et peu pratique en mobilité. Heureusement, sur ce sujet, Microsoft a déjà prévu d’adapter les jeux aux écrans tactiles avec des interfaces assez intelligemment pensées. Il faudra également adapter l’interface visuelle des jeux, et notamment l’affichage des sous-titres pendant les scènes de dialogues, pour s’adapter à un écran de smartphone par définition beaucoup plus petit qu’un téléviseur. On a également remarqué que les jeux s’affichaient tous en 16:9, un format tout à fait normal pour des jeux consoles, mais anachronique à l’heure où tous les smartphones ont des écrans plus longs que ça.

Les questions en suspens : modèle économique, évolution, sortie…

Pour le moment, xCloud est un projet mené par Microsoft sans être un produit commercialisé. Aucun prix, abonnement ou période de lancement n’est annoncé. Phil Spencer s’est même refusé à placer xCloud dans une case, et semble surtout voir les technologies mises en place comme un nouveau canal de distribution pour les jeux.

Alors qu’il n’est pas le seul sur ce marché, Microsoft a clairement réussi à marquer les esprits avec son service d’abonnement de jeu Xbox Game Pass. Pour le moment, cet abonnement se limite à proposer aux joueurs des jeux à télécharger sur PC ou sur Xbox. Une intégration avec xCloud prendrait évidemment tout son sens, mais la firme c’est jusque là refusée à confirmer ce choix stratégique.

Grâce à la synchronisation des sauvegardes avec le Xbox Live, on pourrait aussi imaginer utiliser xCloud comme un moyen lancer un jeu en attendant son installation complète sur la Xbox. Plus simplement, xCloud pourrait aussi servir pour lancer facilement une démo jouable depuis le Microsoft Store avec par exemple un temps de jeu limité à une heure.

Au-delà de la sortie, comme on l’a vu et comme Microsoft l’a annoncé, le service xCloud est aujourd’hui basé sur la vieillissante Xbox One S. Google Stadia met déjà un pied dans la next gen, et Sony a déjà annoncé que le PS Now ferait une transition vers la PlayStation 5. Microsoft doit donc lui aussi basculer son infrastructure naissante vers du matériel de nouvelle génération, correspondant à Scarlett. La firme n’a pas encore clairement communiqué sur une telle transition.

En attendant d’en apprendre plus sur la sortie de xCloud, ou sa simple arrivée en France, et si le cloud gaming vous intéresse, n’hésitez pas à lire notre guide complet sur le sujet.

Google Stadia, PlayStation Now, xCloud, Shadow : le comparatif des offres de cloud gaming