Le Japon veut taxer les voitures électriques : pourquoi c’est une bonne idée, en apparence

 

Le gouvernement japonais réfléchit à mettre en place une étonnante taxe sur les voitures électriques. Celle-ci serait basée non pas sur le poids ni sur la consommation, mais sur la distance parcouru chaque année. Une idée qui ne fait pas du tout l'unanimité auprès des automobilistes et des constructeurs.

Aujourd’hui, les ventes de voitures électriques ne cessent d’accélérer partout dans le monde. C’est notamment le cas en Europe, où la Tesla Model Y domine encore le marché devant les modèles thermiques, ainsi qu’en France. À tel point que les ventes de véhicules électriques ont même dépassé celles des diesel. Un développement cohérent avec les objectifs des grandes instances, alors que Bruxelles va interdire la vente de voitures à combustion interne à partir de 2035. Mais l’Union européenne n’est pas la seule à vouloir accélérer le développement de cette motorisation.

Un important manque à gagner

C’est notamment le cas du Japon, qui reste encore très en retard sur le sujet, comme le rappellent les journalistes de France Info. En effet, les voitures électriques ne représentaient que 2 % des ventes sur le marché sur l’ensemble de l’année dernière. Un chiffre très bas par rapport aux 20 % sur le Vieux Continent. En effet, le pays a toujours misé sur l’hybride, comme le fait notamment Toyota qui a toujours du mal à voir l’intérêt de l’électrique.

Cela est cependant en train de changer tout doucement. En effet, le pays souhaite désormais accélérer les ventes de voitures zéro-émission à l’échappement, tandis que la firme nippone veut revoir sa stratégie dans ce domaine. Même si celle-ci continue de mettre l’accent sur l’hybride rechargeable, en prévoyait d’accroître fortement l’autonomie électrique. Ce qui présente tout de même un intérêt très limité.

Toyota bZ4X
Toyota bZ4X // Source : Etienne Rovillé

Sauf que le développement de la voiture électrique présente un inconvénient de taille, en ce qui concerne la taxation. Car pour l’heure, au Japon comme en Europe, l’État prend sa part sur chaque litre de carburant. L’électricité est aussi taxée, mais dans une moindre mesure, et ce malgré la hausse des prix. C’est d’ailleurs encore pire pour le gouvernement depuis la mise en place du bouclier tarifaire, également appliqué sur les bornes rapides.

En France, les taxes sur l’essence et le diesel représentent 40 milliards d’euros chaque année. Au Japon, le carburant a rapporté 3 200 milliards de yens, soit l’équivalent de 22 milliards d’euros en 2022. Le développement de la voiture électrique pourrait représenter un important manque à gagner pour le gouvernement. Ce que ce dernier veut logiquement éviter à tout prix. Et pour cela, il a une petite idée…

Une nouvelle taxe

L’État japonais envisage plusieurs pistes de réflexion. Parmi elles, une taxation non pas sur le poids, sur la taille de la batterie ou encore sur l’électricité, mais sur la distance parcourue. Concrètement, plus vous roulerez avec votre voiture, plus cela vous coûtera cher. Une idée qui est évidemment très loin de faire l’unanimité, notamment auprès des constructeurs automobiles qui montent au créneau.

Ces derniers, comme Nissan et Toyota expliquent que cette taxe risque de dissuader les automobilistes de passer à l’électrique. Ce qui serait tout à fait contre-productif. Car ces derniers, comme la plupart des constructeurs, prévoient d’arrêter la vente de voitures thermiques au cours des prochaines années et investissent massivement dans le développement de motorisations plus « propres », ce qui n’est pas toujours le cas.

Source : Nissan

Les élus de la droite conservatrice au pouvoir au Japon expriment également leur mécontentement, affirmant que cette mesure est discriminante pour les personnes vivant loin des grandes villes et devant donc rouler plus pour aller travailler par exemple. Une autre idée est envisagée, avec une taxation sur la puissance, mais qui reste encore à l’état de projet pour le moment.

Le Japon n’est pas le seul pays à creuser cette piste. C’est également le cas de la Suisse, qui a récemment annoncé un changement majeur dans le domaine. À partir de 2030, une redevance par kilomètre parcouru et par catégorie de véhicule sera mise en place. L’objectif : récupérer une partie de la taxation des carburants fossiles qui seront de moins en moins utilisés.

La situation en France

En France, les voitures électriques ne sont pas taxées, ni avec le malus écologique ni avec celui sur le poids, qui ne s’applique que pour les modèles thermiques de plus de 1 800 kilos. Une aubaine, alors que de nombreux véhicules électriques dépassent ce chiffre, dont le nouvel Audi Q8 e-tron dont nous avons pu prendre le volant récemment. Il est en revanche possible de profiter d’un bonus écologique si le prix est sous la barre des 47 000 euros. L’État français peut toutefois compter sur la TVA et sur les taxes liées à l’électricité.

Pour l’heure, rouler en voiture électrique en France reste de toutes façons plus avantageux qu’en thermique. Est-ce que cette situation restera éternelle ? Difficile de le prédire. Il nous semble pertinent que les États souhaitent récupérer la partie des taxes qui n’existent plus suite au passage au 100 % électrique. Mais il ne faut pas que cela ralentisse l’adoption des voitures électriques pour autant. Une équation compliquée à résoudre.


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