Le rouleau compresseur automobile chinois ralentit : ce qui explique la crise de ce début 2026

 
Vu d’Europe ou des États-Unis, le rouleau compresseur automobile chinois semble inarrêtable, porté par une avance technologique indéniable et des prix agressifs. Pourtant, derrière cette façade de conquête internationale, les constructeurs locaux font face à une réalité bien plus complexe en ce début d’année 2026.
Usine BYD en Chine // Source : Qilai Shen pour Bloomberg

Après cinq années de croissance ininterrompue et une année 2025 record (34,4 millions de véhicules écoulés), le marché automobile chinois connaît un coup de frein inattendu.

Selon les données relayées par Automotive News, les livraisons de véhicules en Chine ont chuté de 3,2 % en janvier 2026 par rapport à l’année précédente, tombant sous la barre des 2,35 millions d’unités.

Et les géants de l’électrique sont les premiers touchés : BYD, le leader mondial du secteur, a vu ses livraisons nationales plonger de 53 % (à 110 000 unités) en janvier. Geely (-13 %), Changan (-33 %) ou encore Chery (-40 %) accusent également le coup. Comment expliquer ce revirement de situation sur le premier marché automobile mondial ?

Quatre défis majeurs pour l’industrie chinoise

La China Association of Automobile Manufacturers (CAAM), principal syndicat de l’industrie dans le pays, tire la sonnette d’alarme et identifie quatre facteurs qui grippent actuellement la machine.

La fin de l’argent facile et une nouvelle fiscalité

Le gouvernement chinois serre la vis. Une nouvelle taxe de 5 % s’applique désormais à l’achat de véhicules 100 % électriques, d’hybrides rechargeables et de véhicules électriques à prolongateur d’autonomie (EREV). En parallèle, les conditions d’accès aux primes à la casse ont été durcies.

Le moteur du Leapmotor C10 en version REEV

Pour bénéficier d’une subvention de 15 000 yuans (environ 2 000 euros), il faut désormais acheter un véhicule coûtant plus de 187 500 yuans (environ 25 000 euros), alors que cette aide était jusqu’ici accordée sans condition de prix.

Une demande interne qui s’essouffle

La Chine n’échappe pas à la conjoncture économique globale. Le ralentissement de la croissance nationale, la stagnation des revenus et un chômage persistant pèsent directement sur le budget des ménages, qui repoussent l’achat de nouveaux véhicules.

La fin de la ruse des « fausses occasions »

Pour fuir la guerre des prix impitoyable sur leur marché national, certains constructeurs chinois immatriculaient des voitures neuves pour les exporter en tant que véhicules d’occasion avec « zéro kilomètre » au compteur.

Le gouvernement a lancé une vaste campagne en novembre dernier pour stopper cette pratique. Conséquence immédiate : les stocks s’accumulent en Chine, aggravant le problème de surproduction.

Des exportations freinées par la géopolitique

Les barrières douanières érigées à l’international compliquent la tâche des marques chinoises, que ce soit en Europe, mais aussi aux Etats-Unis.

Les frictions commerciales et le ralentissement économique mondial limitent la capacité du pays à exporter son surplus de production, ce qui intensifie la pression sur le marché intérieur.

Un rebond temporaire pour les voitures thermiques

Ce contexte particulier crée une fenêtre de tir inattendue pour les constructeurs historiques étrangers (Volkswagen, General Motors, Nissan), dont les parts de marché en Chine avaient fondu à 30 % en 2025 (contre 62 % en 2020).

Étonnamment, la nouvelle grille des subventions gouvernementales avantage indirectement les véhicules thermiques de ces marques internationales, souvent positionnés sur des tarifs plus élevés et perçus comme qualitatifs par les acheteurs locaux.

Yale Zhang, directeur général du cabinet Automotive Foresight à Shanghai, le confirme : « Avec la taxe d’achat sur les voitures électriques et l’ajustement des subventions de reprise, la baisse des ventes de véhicules thermiques va ralentir cette année. » Des marques comme Buick, Cadillac ou Nissan ont ainsi vu leurs ventes chinoises repartir légèrement à la hausse en janvier.

Le parallèle avec l’Europe et le secteur de l’énergie

Ce coup de froid sur l’électrique en Chine fait écho à une tendance mondiale. Aux États-Unis, la baisse des aides à l’achat a ralenti la transition. En Europe, le maintien de la fameuse clause de revoyure 2035 crée un climat d’incertitude. Comme nous l’analysions récemment, l’hiver de la voiture électrique est bien là, en grande partie dicté par des décisions politiques et fiscales qui freinent le marché en 2026.

Cependant, cette phase de rationalisation n’est pas propre à l’automobile. On observe la même dynamique du côté des composants énergétiques.

Ventes des voitures électriques dans le monde (estimations 2025 et 2026) // Source : Bloomberg

Après avoir inondé le marché mondial, la Chine a récemment mis fin à la guerre des prix destructrice dans le secteur des batteries solaires, cherchant désormais la rentabilité plutôt que le volume à tout prix.

C’est d’ailleurs ce qui explique pourquoi la chute spectaculaire du prix des panneaux solaires devrait désormais s’arrêter. L’industrie chinoise, tous secteurs de la transition énergétique confondus, passe d’une logique de conquête à une logique de consolidation.

Moins de croissance reste de la croissance

Faut-il pour autant enterrer la transition électrique ? Absolument pas. Si Gu Xiaoying, directrice de recherche chez Gasgoo, prévient qu’en Chine, « le marché se contractera sévèrement au premier trimestre », elle anticipe tout de même une reprise progressive sur le reste de l’année. La CAAM table d’ailleurs toujours sur une croissance des expéditions globales de véhicules en Chine pour 2026 (+1 %, soit 34,75 millions d’unités).

Le marché gagne simplement en maturité. La courbe d’adoption de l’électrique passe de sa phase exponentielle à une croissance plus modérée, rythmée par les réalités économiques et surtout politiques. La direction technologique, elle, reste inchangée.

Pour reprendre les mots récents du patron de Polestar, qui maintient son cap stratégique malgré les turbulences actuelles : « l’hybride ou le thermique, c’est de la vieille technologie ». La route vers le 100 % électrique comportera des nids-de-poule en 2026, mais la destination finale ne fait plus aucun doute.


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