Alors qu’il régnait pratiquement seul en maître sur le terrain du gaming et que ses performances en calcul étaient au beau fixe, le Core i9-9900K d’Intel a vu en juillet débarquer un premier véritable challenger : le Ryzen 9 3900X d’AMD. Plus de cores, plus de threads, un tarif avantageux… le processeur d’AMD semble afficher à son lancement des atouts indéniables. Mais parvient-il vraiment à inquiéter la valeur sûre d’Intel ?

Crédit : Vladimir Malyutin // Unsplash

Lancés le 7 juillet dernier, les processeurs AMD Ryzen de troisième génération ont suscité de grands espoirs dès leur annonce. Après deux premières lignées de puces Ryzen qui avaient permis à la firme de Lisa Su de revenir sous les feux de la rampe, cette troisième génération de processeurs « réinventés » devait sonner le début d’un renouveau encore plus marqué chez les rouges. L’apport de la gravure en 7 nm, le changement complet d’architecture (pour passer de ZEN à ZEN 2) et l’assurance retrouvée du groupe de Sunnyvale devaient permettre d’accoucher de puces équivalentes, ou supérieures, à celles d’Intel sur le terrain des performances. Un peu plus d’un mois après leur lancement, la promesse est tenue, mais seulement partiellement.

À travers le prisme des deux processeurs grand public haut de gamme d’AMD et Intel : les Ryzen 9 3900X (12 cores / 24 threads) et Core i9-9900K (8 cores / 16 threads), nous avons tenté d’y voir plus clair. Que faut-il attendre du dernier porte étendard de la gamme Ryzen 3 (en attendant le lancement effectif du Ryzen 9 3950X, attendu en septembre) ? Intel est-il vraiment inquiété ? Le fleuron d’AMD est-il à la hauteur dans les derniers jeux ? Voici quelques questions que nous allons tenter d’élucider dans les prochaines lignes.

Le Ryzen 9 3900X : une puce gaming ?

Avec l’arrivée en 2017 de ses premiers processeurs Ryzen, AMD était parvenu à combler une part du retard colossal accumulé depuis des années face à Intel. Du mieux, certes, mais qui ne permettait pas pour autant à AMD de reprendre le dessus ou — à défaut — de faire aussi bien que les solides Core i5 et i7 commercialisés par Intel il y a deux ans. Cette année, la donne change, l’apport de la gravure en 7 nm permet un gain important de performances et une meilleure efficacité énergétique (105 Watts pour le Ryzen 9 3900 X et ses 12 cores, contre les 95 Watts affichés par le i9-9900K pour « seulement » 8 cores), tandis que le changement d’architecture donne aux nouvelles puces Ryzen l’occasion de rattraper un peu plus les Intel Core… sans vraiment égaler la maîtrise d’Intel sur le terrain du gaming.

The Division 2
  • Core i9 : 147
  • Ryzen 9 : 141

De manière factuelle, le Core i9-9900K arrive entre 5 et 20 FPS devant le Ryzen 9 3900 X en 1080p sur de nombreux jeux. C’est le cas sous The Division 2 (147 FPS en moyenne pour le Core i9 en fréquence de base contre 141 pour le Ryzen 9), mais aussi avec Hitman 2 (113 FPS contre 100) ou encore Far Cry 5 (134 contre 115 FPS), d’après les mesures de Tom’s Hardware US. Armé de ses 8 cores et 16 threads le CPU des bleus tient bon malgré une gravure qui a désormais l’âge de ses artères. Il faut dire que rares sont encore les jeux à tirer véritablement parti de plus de cores, ce qui tend à expliquer l’avance du Core i9 en jeu face à son rival.

Notons toutefois que cet écart se réduit sur de plus hautes définitions et notamment en 1440p — de plus en plus utilisée en usage Gaming. Le processeur d’AMD peut aussi, et en dépit de performances légèrement moindres en jeu, faciliter la vie des streamers grâce à l’apport de ses nombreux cores. Jouer dans d’excellentes conditions tout en streamant ne posera pas de problème au Ryzen 9 3900X.

Far Cry 5
  • Core i9 : 134
  • Ryzen 9 : 115

Un meilleur potentiel d’overclocking chez Intel

Autre élément important pour jouer, mais aussi et surtout donner un coup de fouet salvateur à son CPU au bout de quelques années de bons et loyaux services : le potentiel d’overclocking. Et de ce côté, le Core i9-9900K est là aussi à privilégier. Si les deux puces supportent bien la hausse manuelle des fréquences, le processeur d’Intel garde la main et supporte sans mal un surcadençage permettant d’atteindre 4,8 à 5 GHz sur tous les cores et threads (soit 1,2 / 1,4 GHz de plus que sa fréquence de base, calée à 3,6 GHz).

Le Ryzen 9 3900X se montre pour sa part nettement plus chiche en se limitant à une hausse de 500 MHz pour passer à 4,3 GHz sur l’ensemble de ses cores et threads. Pourquoi une telle différence ? Il semble qu’AMD pousse déjà très loin, et dès leur configuration d’usine, les fréquences de ses puces au travers, notamment, de son mode Precision Boost.

Des performances très honorables en calcul

En l’état, le bilan pourrait paraître assez terne pour AMD et son Ryzen 9 3900X, mais c’est sans compter sur le domaine de prédilection des rouges : le calcul. En productivité (montage, encodage, applicatif…), c’est le processeur d’AMD qui arrive devant… et la plupart du temps *très loin* devant le Core i9-9900K d’Intel. Le nombre de cores embarqués sur le Ryzen 9 est clairement là pour aider sur les applications capables d’en tirer correctement parti.

Sous Bender Benchmark 1.02, le Ryzen 9 3900X parvient à compléter la tâche demandée en 653 secondes contre 857 secondes pour un Core i9-9900K pourtant overckloqué à 5,0 GHz. Même logique pour CineBench R15 en multi-core, avec 3134 points pour le Ryzen 9 contre seulement 2172 pour le Core i9 à 5 GHz (tout juste 2044 points lorsque non overclocké) ; ou encore CineBench R20 en multi-core (7146 points pour la puce d’AMD et 5266 pour celle d’Intel lorsqu’elle est overckloquée). A noter que le Core i9-9900K garde dans certains cas un léger avantage en usage single core sur certains de ces Benchmark (notamment CineBench R15), grâce à ses fréquences plus élevées.

Ces résultats globaux sur le terrain applicatif permettent au flagship d’AMD d’être en tête dans la plupart des contextes où ses nombreux cores et threads sont mis à contribution. Il s’agira donc du processeur à conseiller aux utilisateurs ayant besoin de performances de haute volée pour du montage vidéo, de l’encodage ou du rendu 3D par exemple. Pour ce type d’utilisateur on peut même dire qu’un Ryzen 9 se montrera plus polyvalent qu’un Core i9, en proposant des performances tout de même très décentes en jeu et une puissance de feu pratiquement inégalée en calcul sur le marché des processeurs grands public (les nouveaux Threadripper, attendus prochainement feront vraisemblablement mieux, mais sur le marché des HEDT — « high-end desktop », pensés avant tout pour les professionnels).

Attention par contre aux tarifs pratiqués en France pour les deux processeurs. Problème d’approvisionnement oblige, le Ryzen 9 3900X se négocie aujourd’hui à près de 620 euros contre seulement 500 à 550 euros demandés en ligne pour un Core i9-9900K. Ceci étant, les utilisateurs qui n’auraient pas besoin du standard PCIe Gen 4, peuvent se tourner vers les anciennes plateformes d’AMD (X470). Un bon moyen de faire quelques économies grâce à pérennité du socket AM4 d’AMD. La question de l’efficacité énergétique est par ailleurs un autre argument du Ryzen 9, face à un Core i9 qui tend à consommer beaucoup (trop ?) une fois overclocké.

Intel à la traîne avec sa gravure en 14 nm++ ? Pas si simple.

Faut-il jeter la pierre à Intel et son architecture Skylake, déclinée à jusqu’à plus soif depuis son lancement en 2015 ? Oui et non. S’il est vrai qu’Intel a stagné technologiquement (faute de vouloir trop perfectionner sa gravure en 10 nm, a récemment confessé le nouveau patron du groupe, Bob Swan), l’entreprise n’en reste pas moins très confortablement installée sur le marché.

Même avec une gravure en 14 nm++ (deuxième affinage de ce procédé de gravure pour pallier aux nombreux reports du node 10 nm) désormais un peu croulante, Intel parvient toujours à tenir la dragée haute à AMD, à son architecture ZEN 2, et sa gravure en 7 nm pourtant flambant neuve. Preuve s’il en fallait encore que l’écart de finesse dans les procédés de gravure n’est pas toujours synonyme de différence radicale en matière de performances… et ce quoi qu’en disent les pontes du marketing.

Dans les faits, et bien qu’AMD soit définitivement revenu dans la course aux performances, la firme de Lisa Su doit encore perfectionner sa micro-architecture ZEN pour réussir à dépasser Intel. Avec un design daté et une gravure qui l’est tout autant, Intel s’en sort encore et toujours avec les honneurs en dépit d’un placement tarifaire grotesque dans bien des cas et d’une efficacité énergétique qui tend à devenir de moins en moins avantageuse (la multiplication des cores et la hausse des fréquences par défaut a ses limites).

On peut toutefois tirer une grande tendance. Si votre coeur balance entre Ryzen 9 3900X et Core i9-9900K demandez vous quelle utilisation vous souhaitez avoir de votre futur processeur. Pour du gaming pur, le CPU d’Intel reste une référence. Pour un usage plus varié, mêlant gaming et applicatif, l’alternative AMD est à étudier avec beaucoup d’attention, surtout pour les amateurs de montage vidéo et de calcul lourd. Comme évoqué plus haut, l’efficacité énergétique est aussi un des points qui font plutôt pencher la balance en faveur d’AMD et de son nouveau chouchou. Reste maintenant à savoir ce que les rouges nous réservent avec leur prochain porte étendard, le Ryzen 9 3950X.