
Les constructeurs automobiles traversent une zone de turbulences inédite avec leurs gammes 100 % électriques. Face à des ventes qui ne décollent pas aussi vite qu’espéré, plusieurs géants de l’industrie ont décidé de revoir leurs ambitions à la baisse.
Pourtant, lever le pied maintenant pourrait bien se transformer en un cadeau inespéré pour les constructeurs chinois, qui n’ont aucune intention de ralentir la cadence. Comme le résume parfaitement Ferdinand Dudenhöffer, directeur du Center Automotive Research : « s’ils abandonnent maintenant, ils auront de plus gros problèmes dans cinq ans. ».
Des factures colossales et un marché coupé en deux
Les investissements massifs dans la voiture électrique ont laissé des traces profondes dans les finances des constructeurs. Au début de l’année 2026, les constructeurs automobiles mondiaux ont enregistré environ 46 milliards d’euros de charges liées aux véhicules électriques après avoir surestimé la demande, selon une analyse du média Automotive News.
L’addition est particulièrement salée pour Stellantis qui a dévoilé à lui seul plus de 26 milliards de dollars de dépréciations suite à un retour en arrière sur l’électrique. D’autres acteurs majeurs comme Honda, General Motors ou Ford accusent également le coup, au point que certains dirigeants comme le patron de Ford expriment ouvertement leur désarroi face à la vitesse d’exécution de la concurrence asiatique.

Face à ces pertes financières à court terme, les stratégies des marques européennes se divisent radicalement. D’un côté, des constructeurs comme Stellantis et Mercedes opèrent un retour en arrière assumé vers les motorisations thermiques, justifiant ce choix par de vives inquiétudes sur la dynamique actuelle des ventes. Le marché de la voiture électrique est en croissance, mais moins dynamique qu’espéré.
De l’autre côté, BMW et Renault font le choix de maintenir le cap. Ces deux marques continuent de croire fermement au 100 % électrique pour l’avenir, même si elles sont contraintes d’ajuster leurs ambitions calendaires face à la réalité du terrain.
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La donne est également compliquée par un marché mondial qui se fracture. Aux États-Unis, la fin du crédit d’impôt fédéral de 7 500 dollars actée en septembre 2025 fragilise considérablement l’électrification. Ferdinand Dudenhöffer décrit d’ailleurs cette situation comme une « réalité à deux mondes », avec une Chine et une Europe qui maintiennent le cap de l’électrification, tandis que les États-Unis penchent à nouveau vers le moteur à combustion.
On peut citer le retour du moteur essence V8 chez Stellantis aux USA par exemple, tout comme le retour du moteur diesel chez ce même groupe en Europe.
Le piège d’un retour au thermique
Faire machine arrière sur l’électrique pour limiter la casse financière ressemble à une solution de facilité, mais c’est un calcul extrêmement dangereux à long terme.
Les réglementations environnementales européennes restent implacables, avec une réduction de 55 % des émissions de CO2 exigée d’ici 2030, et la perspective toujours présente du zéro émission pour 2035. L’Europe espère toutefois assouplir ces règles au profit des anciens moteurs, mais les analystes redoutent que ce flottement ne prépare un véritable effondrement de notre outil de production face à des rivaux qui, eux, ont déjà pris de l’avance.

Pedro Pacheco, vice-président de la recherche chez Gartner, est catégorique sur le sujet de l’investissement. Selon lui, réduire les dépenses dans les véhicules électriques à batterie revient purement et simplement à sacrifier l’avenir : « en fin de compte, même si un constructeur automobile veut s’éloigner des voitures électriques, il n’y a pas vraiment grand-chose d’autre » comme technologie.
En effet, maîtriser les voitures hybrides rechargeables ou les prolongateurs d’autonomie revient à la même expertise, à peu de chose près, que pour la voiture électrique. L’expert ajoute qu’une stratégie recentrée sur les moteurs à combustion confinerait les constructeurs à des marchés de niche en déclin, comme le luxe très haut de gamme.
Les constructeurs chinois prêts à dévorer le marché
Pendant que les marques européennes s’assoient « au milieu du pont » par manque de direction stratégique claire, pour reprendre l’expression de Pedro Pacheco, la concurrence chinoise accélère.
Les constructeurs asiatiques ont acquis des avantages structurels majeurs sur les coûts de production et voient leurs volumes de ventes exploser sur le Vieux Continent. Même si ces véhicules souffrent encore parfois de petits défauts ergonomiques ou logiciels spécifiques à notre marché, leur rapport prix-prestation frappe très fort.

L’exemple le plus parlant est celui de BYD avec sa citadine Seagull. Cette voiture affiche un tarif d’environ 10 000 dollars sur son marché domestique. En arrivant en France sous le nom de BYD Dolphin Surf, son étiquette grimpe à 19 990 euros, ce qui montre la volonté de la marque de frapper fort avec des tarifs agressifs.
À ce prix, elle trouve face à elle des concurrentes européennes sérieuses comme la Renault 5 E-Tech ou la Citroën e-C3, mais la pression tarifaire est immense.
Actuellement, le principal inconvénient de la BYD Dolphin Mini sur le sol français est son absence de bonus écologique due à sa production en Chine. Une faiblesse toute relative, puisque BYD prépare l’assemblage de ses modèles directement en Europe, ce qui changera radicalement la donne.
L’erreur d’analyse de la temporalité
Malgré les doutes actuels, la transition ne s’arrêtera pas. Jürgen Reers, responsable mondial de l’automobile chez Accenture, rappelle que la croissance des véhicules électriques en Europe reste « très forte » depuis une base relativement basse.
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Selon lui, il s’agit avant tout d’un décalage temporel entre les attentes initiales et la réalité du marché. Réduire les investissements aujourd’hui pour soulager les bilans comptables, c’est tout simplement laisser le champ libre aux constructeurs chinois qui, eux, ont parfaitement compris que la bataille de demain se gagne avec la technologie d’aujourd’hui.
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