Coup dur, Google Stadia annonce la fermeture de ses studios de jeux vidéo

 

Google ne développera finalement aucune exclusivité pour son service de cloud gaming en interne. La firme a annoncé la fermeture de ses studios.

Cela fait moins de deux ans que Google avait annoncé l’ouverture de son premier studio interne dirigé par Jade Raymond, une vétérane de l’industrie. Ce studio n’aura malheureusement pas l’occasion de montrer les fruits de son travail. Ce ne sera pas le cas non plus de celui ouvert à Santa Monica au début de l’année 2020 ni de Typhoon Studios racheté en fin d’année 2019.

D’abord révélé par le site Kotaku, puis confirmé dans la foulée par Google, le géant va fermer tous ses studios internes pour réorienter le développement de Google Stadia, son service de cloud gaming.

Google n’est pas un producteur de contenu

Dans son communiqué de presse annonçant la fermeture des studios, Google explique avoir confiance dans sa plateforme technologique. Il est vrai que si Stadia a convaincu sur une chose depuis ses débuts, c’est bien sûr la qualité de la technologie employée et les fonctions proposées. La firme veut investir pour développer ce segment, au détriment de la création de contenus originaux. Phil Harrison explique que les budgets pour développer des jeux parmi les meilleurs de l’industrie grandissent exponentiellement et que Google ne souhaite plus investir dans cette direction.

Il faut dire que l’industrie est passée depuis plusieurs années dans une course à l’armement où Sony, mais surtout Microsoft, renforce leurs équipes internes pour être capable d’avoir un groupe de studios pouvant produire des exclusivités régulièrement. Récemment c’est Nintendo qui rachetait l’un de ses studios partenaires pour ne pas le laisser partir chez un concurrent.

L’année 2020 a été très significative pour Stadia

De cette décision, moins de deux ans après le lancement de Stadia et ses studios, on peut en tirer quelques raisonnements. D’abord, il faut comprendre que l’année 2020 a été une année de tous les records pour le jeu vidéo : tous les voyants étaient au vert. Quelques heures avant l’annonce de Google, Nintendo marquait de nouveaux records de ventes avec sa Switch.

Dans cette année 2020 où les concurrents préparaient leurs consoles next-gen, et où le monde entier était confiné et donc très réceptive à l’idée d’une solution de cloud gaming, Google Stadia n’a pas vraiment réussi à trouver son public. Comme l’indique Oscar Lemaire sur Twitter, sur l’un des plus gros jeux de la fin d’année, Stadia représentait seulement 0,2 % des utilisateurs. Sur le dernier mois de l’année, à la sortie de Cyberpunk 2077, un jeu tiers, le service a connu un premier succès.

Pour info, sur la période de lancement d'un des plus gros jeux de la fin d'année 2020, Stadia c'est 0,2% des utilisateurs.

— Oscar Lemaire (@oscarlemaire) February 1, 2021

Et puis il y a le rachat de Zenimax/Bethesda pour 7,5 milliards de dollars annoncé par Microsoft à la fin de l’année, avec ses 2300 employé·e·s. Pour réellement concurrencer Sony et Microsoft sur les exclusivités, Google allait devoir faire le même genre d’investissements. Or en ne voyant pas son service décoller sur une année de tous les records, la firme a peut-être conclu que ce n’était pas la bonne direction pour elle.

Quel avenir pour Google Stadia ?

Google se veut rassurant dans son communiqué : le service ne ferme pas ses portes. Vous pouvez continuer de jouer aux jeux que vous avez achetés sur Stadia ou à profiter de l’abonnement Stadia Pro. La firme mentionne notamment qu’elle veut continuer d’ajouter des titres de studios tiers sur son service.

On peut toutefois s’interroger sur l’avenir du service pour les consommateurs. D’abord, quels seront les studios qui se laisseront convaincre d’investir dans un portage de leur jeu pour Stadia alors que Google lui-même ne souhaite plus investir dans du contenu pour la plateforme ? La firme est-elle prête à financer des portages ou même payer des exclusivités temporaires pour sa plateforme ? Ce sont des questions auxquels Google va devoir répondre.

Pour le moment, le public peut commencer à s’inquiéter de voir Stadia prendre la même pente que d’autres services avant lui. Lors de la publication de l’article de Kotaku, le site Killed By Google, qui recense tous les projets abandonnés par la firme, était sur toutes les bouches.

Vers une marque blanche technologique ?

Une perspective ouverte par le communiqué de Google, et qui a été plusieurs fois proposé par des analystes, serait pour la firme de créer une plateforme technologique en marque blanche. Les éditeurs tiers importants de l’industrie comme Ubisoft veulent garder la main sur leur catalogue et leurs licences, mais aussi leurs noms. Google pourrait leur proposer une solution clé en main pour créer un service de cloud gaming à leur image. C’est l’une des raisons qui a poussé EA à renommer le service Origin sur PC en EA Play, et Ubisoft à transformer Uplay/Uplay+ en Ubisoft Connect et Ubisoft+.

Avec Stadia, Ubisoft pourrait par exemple proposer son catalogue de jeu en streaming par l’abonnement Ubisoft+, sans passer par PlayStation, Xbox ou Nintendo, et ainsi garder un poids fort dans les négociations autour de ses jeux. Google est donc loin de sortir de l’industrie du jeu vidéo pour le moment, mais la question de son service commercial à destination des consommateurs n’est pas totalement éclaircie.

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