SFR : « avons-nous besoin de la 5G à court terme ? Ce n’est pas sûr »

 

Grégory Rabuel, directeur général de SFR, appelle à penser le déploiement du numérique sur une base globale et à ne pas se concentrer sur la 5G au détriment de la fibre et de la 4G.

Le mois de juin 2020 était censé être celui de l’Euro de football, et donc la date limite que s’étaient fixée les opérateurs français pour proposer leurs offres commerciales 5G. La crise sanitaire que le monde a récemment connu avec le Covid-19 a néanmoins impacté de nombreux domaines, et bien évidemment celui des télécoms. Outre le retard pris sur le calendrier, le confinement a ouvert les yeux à certains sur la fracture numérique en France et sur le besoin de repenser notre façon de déployer les réseaux.

Penser globalement la fibre, la 4G et la 5G

Lors d’un entretien avec Le Figaro, Grégory Rabuel, directeur général de SFR, s’est exprimé sur le sujet, appelant à raisonner « sur la base d’une équation globale, et non chaque chantier séparément : fibre, 4G dans les zones rurales et 5G ». Les obligations imposées par la situation de ce début d’année ont démontré l’importance d’un réseau stable et rapide sur l’ensemble du territoire et le travail encore nécessaire pour y arriver. Les zones blanches sont encore trop nombreuses et tout miser sur la 5G risquerait, pour certains, d’accroître encore ces inégalités.

C’est donc avant tout une question financière pour les opérateurs qui vont devoir déployer des milliards sur plusieurs fronts en simultané pour couvrir le territoire en fibre, en 4G et en 5G. À ce sujet, Grégory Rabuel pose la question : « avons-nous besoin de la 5G à court terme ? Ce n’est pas sûr. D’abord la Fibre et la 4G, même si SFR est prêt ».

Revoir l’attribution

Il est difficile de ne pas lire entre les lignes que SFR serait prêt à retarder le déploiement de la 5G, tout comme l’avait signifié Martin Bouygues récemment, à moins bien sûr que l’État n’aide les opérateurs à financer ce déploiement.

C’est d’ailleurs sur la question du prix des enchères des fréquences 5G que Grégory Rabuel continue son argumentation. « Repenser le coût des fréquences pourrait, par exemple, permettre à la France d’avoir des opérateurs agiles, ambitieux, qui investissent massivement dans les infrastructures télécom », argue-t-il. Pour lui, ces enchères n’ont pas lieu d’être : « les parts de marché de chacun sont connues et pourraient dicter la répartition des bandes de fréquences », ce qui serait bien sûr à l’avantage des deux plus gros opérateurs, Orange et… SFR.

Attention à « la fausse 5G »

Mais Grégory Rabuel rappelle également que courir après une 5G incomplète n’est pas forcément bénéfique non plus pour le client. « Il faut une vraie 5G, avec une évolution technologique. Si un opérateur lance la 5G simplement en utilisant les fréquences 700 MHz, ce serait scandaleux ».

Rappelons que la 5G est composée de plusieurs bandes de fréquences, dont celles déjà utilisées pour la 4G (700, 800, 1800, 2100 et 2600 MHz), des bandes moyennes (3,5 GHz en France) qui sont concernées par les enchères à venir, et les ondes millimétriques, sur le spectre des 26 GHz qui n’arriveront que dans plusieurs années.

Il faut dire qu’Orange et Free n’hésitent pas à mettre la pression en affirmant être prêts pour la 5G. Thomas Reynaud, directeur général de Free, a par exemple appelé a « une attribution au plus tôt des fréquences 5G », montrant une certaine impatience à proposer des offres commerciales qui pourraient redistribuer les cartes sur le marché des télécoms.

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