Voiture électrique : qu’est-ce qu’un planificateur d’itinéraire et pourquoi c’est indispensable ?

 

En voiture électrique, dès que les trajets dépassent l'autonomie réelle du véhicule, la charge en cours de route devient nécessaire. Pour faciliter les déplacements, un planificateur d'itinéraire est indispensable. Voyons ensemble ce que proposent les différents constructeurs, et distinguons les bons des mauvais élèves.

 

Renault Mégane E-Tech // Source : Frandroid – Renault

Si le véhicule électrique n’ajoute pas de contraintes au quotidien, les grands voyages sont bien différents. En effet, même si le réseau de recharge rapide s’est bien densifié en France et en Europe, force est de constater qu’il faut toujours bien planifier son trajet pour éviter une mauvaise surprise.

Un compagnon indispensable pour les grands trajets est donc le fameux planificateur d’itinéraire. Certains constructeurs proposent un système embarqué qui tient bien compte des limites du véhicule, là où d’autres font figure de mauvais élève, et laissent les conducteurs livrés à eux-mêmes. Voyons ensemble en détail les différentes propositions des constructeurs, et imaginons les évolutions futures.

Comment faire sans planificateur d’itinéraire intégré ?

De trop nombreux véhicules encore vendus aujourd’hui n’ont pas de planificateur d’itinéraire digne de ce nom. Bien entendu, ils sont dotés d’un système de navigation par GPS qui indique clairement les directions, mais ce n’est pas vraiment suffisant lorsque l’on est amené à parcourir des centaines de kilomètres en voiture électrique.

En pratique, le conducteur ne peut donc pas se reposer sur le seul système d’infodivertissement de son véhicule, et doit faire appel à des services tiers pour trouver où se charger. Imaginez plutôt : vous prenez le volant à bord de votre nouvelle Nissan Ariya, Renault Zoe ou encore MG4, et vous entrez votre destination à 500 kilomètres de là. À part peut-être une information comme quoi, vous n’aurez pas suffisamment de batterie pour arriver à bon port, vous n’aurez rien de plus.

Dans ces cas encore trop nombreux, les outils de planification comme A Better Route Planner ou Chargemap sont indispensables. Nous avons d’ailleurs un dossier expliquant en détail comment dompter ces outils, pour qu’il soit aisé d’envisager de grands voyages à bord de votre nouvelle voiture branchée.

Certains constructeurs se reposent de leur côté sur une application mobile compagnon pour pouvoir envoyer une destination au véhicule, comme Kia ou Hyundai, mais cela est loin d’être suffisant. Il n’est possible d’entrer qu’une seule destination et de l’envoyer au véhicule, qui n’ajoutera pas tout seul les arrêts de recharge lorsqu’ils sont nécessaires.

Les planificateurs embarqués laissent encore à désirer

Fort heureusement, certaines marques sortent du lot, et offrent une expérience satisfaisante — bien qu’imparfaite — aux propriétaires. Parmi ces bons élèves, nous retrouvons Tesla, qui tire parti de son réseau de Superchargeurs pour guider au mieux le conducteur, comme vous pouvez le voir sur la courte vidéo ci-dessous.

Ce niveau d’aide pour la planification d’un itinéraire est toutefois le strict minimum pour qu’il soit qualifié de suffisant. En effet, dès que nous creusons un petit peu ce que propose Tesla sur ses Model S, Model 3, Model X et Model Y aujourd’hui, nous remarquons des oublis conséquents.

Tesla a encore du pain sur la planche

Tout d’abord, les arrêts de recharge proposés ne le sont que sur le réseau de Superchargeurs Tesla, ce qui oblige dans la majorité des cas à effectuer un détour pour pouvoir se charger, là où Totalenergies, Ionity, Fastned et consorts sont sur des aires d’autoroute.

Ensuite, il n’est pas possible de personnaliser quoi que ce soit : par défaut, le système embarqué considère donc qu’arriver à destination avec moins de 20 % de batterie est acceptable. Or, dans bien des cas, la première borne de recharge rapide peut être inaccessible si l’on arrive avec si peu de batterie. Le conducteur doit donc anticiper ses déplacements sur place pour savoir jusqu’à quel pourcentage de batterie il doit charger lors du dernier arrêt pour être tranquille.

Enfin, depuis de nombreux mois, Tesla liste bien les stations de recharge tierces, et pré-conditionne la batterie lorsqu’un de ces chargeurs est entré dans la navigation, mais le planificateur d’itinéraire ne prend pas en compte le fait que l’on va charger à cet endroit ! Ainsi, si vous entrez à la main plusieurs bornes Ionity successivement séparées de 100 kilomètres , et que la destination finale est trop loin pour y aller d’une traite, le système embarqué vous indique qu’il n’y a pas assez de batterie pour atteindre la destination, comme si les arrêts aux bornes n’étaient que des étapes sans recharge.

Les Tesla étant des ordinateurs sur roues, nous ne sommes pas à l’abri d’une bonne surprise prochainement, avec des améliorations sur les différents points cités, mais pour le moment, un autre constructeur fait bien mieux que la firme américaine.

Mercedes fait mieux que Tesla a son propre jeu

Le meilleur planificateur d’itinéraire à l’heure actuelle est proposé par Mercedes, qui corrige environ tous les points négatifs de celui de Tesla. Il est non seulement clairement indiqué sur l’écran le temps passé à charger ainsi que le niveau de batterie avant et après la charge, mais tout cela est personnalisable à souhait.

Si vous êtes du genre aventurier, vous pourriez ainsi indiquer un niveau de batterie très bas pour optimiser le temps passé à charger. Vous pouvez choisir les réseaux de recharge que vous privilégiez, et toutes les indications sont claires. À la toute fin de l’année 2022, le planificateur d’itinéraire de Mercedes et bel et bien la référence du marché. Nous avons pu l’apprécier au volant de la Mercedes EQS, ou de la Mercedes EQE plus récemment.

Quelles fonctions sont importantes ?

En examinant en détail les propositions de Tesla et Mercedes, mais aussi des outils comme A Better Route Planner, nous pouvons dégager les éléments importants des planificateurs d’itinéraires, que nous aimerions voir arriver plus massivement à bord des véhicules électriques d’aujourd’hui.

Tout d’abord, prendre en considération les niveaux de batterie souhaités à l’arrivée à chaque borne, mais aussi à la destination finale est très important. En effet, certains seront à l’aise avec quelques pourcents de batterie restants avant de charger, quand d’autres préféreront être plus prudents, et ne pas arriver sous la barre des 20 % par exemple.

Les bornes proposées par le véhicule doivent tenir compte de sa capacité de charge rapide. Il n’est pas utile de proposer à une Ford Mustang Mach-e de s’arrêter plusieurs heures sur une borne de recharge 11 kW, alors que des bornes Ionity délivrant jusqu’à 350 kW sont à proximité. Nous tirons volontairement le trait vers le ridicule, mais ces cas sont tout sauf fictifs : cela arrive dans la réalité, malheureusement.

Mercedes EQS en charge sur une borne Ionity // Source : Romain Heuillard pour Frandroid

Un choix sur les réseaux à utiliser doit être permis, puisque la jungle actuelle des cartes de recharge est telle que certains réseaux seront privilégiés par leur simplicité d’utilisation, leur emplacement géographique, ou bien parce que les propriétaires ont un abonnement à un tarif préférentiel.

L’affichage en temps réel de la disponibilité des bornes est une information primordiale, qui doit être affichée. Les jours de chassés-croisés, pour éviter de faire la queue à une station de recharge alors qu’une autre est presque vide à quelques dizaines de kilomètres de là, il est indispensable de voir en direct le nombre de bornes disponibles. Les informations existent déjà, et sont visible dans les applications de chaque opérateur de recharge, il suffit seulement de les partager pour que les constructeurs puissent y accéder. De même, afficher clairement les bornes qui sont hors service est une nécessité.

Enfin, afficher le tarif de la recharge directement sur l’écran du véhicule est un petit plus que nous aimerions voir arriver plus massivement. Pour le moment, seul Tesla avec son réseau de Superchargeurs permet de voir ces informations de tarification en direct.

Un futur où tout reste à faire

Comme vous pouvez le constater, il reste beaucoup de chemin à parcourir pour l’ensemble des acteurs de la mobilité électrique s’ils veulent proposer une navigation cohérente avec les attentes des conducteurs. Les véhicules électriques commencent désormais à être de plus en plus capable réaliser de longs trajets, notamment grâce à la densité croissante des bornes de recharge rapide.

Toutefois, avec les contraintes actuelles et les possibilités permises par les véhicules connectés d’aujourd’hui, il est primordial de proposer un planificateur d’itinéraire digne de ce nom pour attirer une clientèle toujours plus large. À l’aube de 2023, devoir se reposer sur des sites internet externes, des applications mobiles différentes et autres cartes de recharge pour partir en voyage en voiture électrique ne doit plus être acceptable.

C’est pour cette raison que nous avons pris la décision de ne pas accorder une note supérieure à 8/10 à une voiture électrique qui ne serait pas dotée d’un planificateur d’itinéraire.


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