N’enterrons pas Huawei trop rapidement en France

 

Après les guerres commerciales et politiques opposant Huawei au gouvernement américain, les smartphones de la marque ont perdu l'accès aux Google Play Services. Mais la marque est encore loin d'avoir dit son dernier mot en Europe et en France.

Vous n’avez pas pu passer à côté en 2019, le conflit entre le gouvernement Trump et Huawei a lancé une véritable guerre politique et économique entre l’entreprise chinoise et les marchés occidentaux. La firme de Shenzhen doit désormais patte blanche pour fournir ses infrastructures 5G aux opérateurs, et les entreprises américaines n’ont plus le droit de commercer avec elle.

Il est rapide d’enterrer Huawei… à tort ?

Le premier résultat de cet embargo pour Huawei est l’impossibilité pour ses smartphones et tablettes d’être vendus avec les Google Play Services préinstallés. On a ainsi vu apparaître sur certains étales en fin d’année 2019 un Huawei Mate 30 Pro dépourvu de Google Play Store. Le smartphone est excellent, mais il en devient quasi inutilisable pour ceux qui souhaitent utiliser les services occidentaux.

Face à ce constat, il est rapide d’enterrer la marque en France et en Europe et de lui chercher un successeur. Pour Huawei, ce n’est cependant qu’un détour qui lui permettra d’en ressortir plus fort encore.

Le podcast

La situation de Huawei en France et la recherche d’une alternative à Google sont justement les sujets de notre épisode de Salut Techie. Pour écouter ce nouvel épisode, vous pouvez vous diriger sur votre plateforme de podcast préférée, suivre ce lien, ou utiliser le petit lecteur ci-dessous :

Une année 2019 satisfaisante

Tout d’abord, les résultats de Huawei en 2019 n’ont pas été aussi catastrophiques qu’annoncé. Canalys a beau évoquer une baisse de croissance de 42 %, Huawei France affirme le contraire, chiffres à l’appui. Les données en question proviennent de GfK, un autre institut d’études de marché.

Mais d’abord, rappelons un point important : Canalys et GfK n’utilisent pas les mêmes indicateurs. En effet, Canalys tire ses données d’estimations basées sur les expéditions des usines, tandis que GfK achète directement ses données aux différents revendeurs et y ajoute des informations glanées auprès de panels représentatifs, ce qui apporte une vision plus réaliste du marché.

Selon les chiffres GfK donc, Huawei se serait stabilisé entre 18 et 20 % de parts de marché en France sur le 4e trimestre 2019, et à 19 % sur la totalité de l’année. Des résultats bien loin des 11 % annoncés par Canalys. Cela permet notamment au groupe chinois de se stabiliser en termes de nombre de ventes en décembre sur un marché lui-même sur le déclin, puisque, toujours selon GfK, il s’est vendu environ 6 % de smartphones en moins en France sur le mois. Sur l’année complète, Huawei est même en croissance alors que le nombre de smartphones vendus au global est à la baisse de près de 5 %.

Ces résultats sont portés par des smartphones qui possèdent les Play Services

Ces bons résultats sont portés par les excellents smartphones sortis en début d’année, et notamment les Huawei P Smart 2019 et Huawei P30 et P30 Pro. Des smartphones qui possèdent bien sûr encore les Google Play Services et qui portent la marque à bout de bras sur cette fin d’année.

Des challenges à venir

Ces appareils approchent néanmoins de leur fin de vie. Après un an, il devient de plus en plus difficile pour eux d’être compétitifs par rapport aux nouveaux venus, et c’est une tendance que l’on constate aisément en regardant la liste des meilleurs smartphones vendus en 2019. Mis à part les iPhone 8 de 2017 qui arrivent à se maintenir dans le TOP, tous les autres smartphones les plus vendus de l’année ont un an tout au plus.

iPhone 8 Plus

L’iPhone 8, le seul smartphone à se vendre toujours aussi bien après 2 ans

Le plus gros challenge pour Huawei en 2020 va donc être de réussir à continuer sur sa bonne lancée et trouver d’autres porte-étendards pour conserver sa place sur les mois et années à venir.

Alternatives et éducation

En 2020, Huawei va donc à coup sûr subir un ralentissement, le temps de se stabiliser, mais les porte-parole de la marque sont confiants et misent sur deux points particulièrement importants pour relancer les ventes.

Le premier, c’est l’arrivée des HMS, les Huawei Mobile Services, qui devraient être capables de remplacer les GMS (Google Mobile Services) au sein des applications pour permettre aux développeurs de proposer des alternatives viables sur les smartphones de la marque. Une application comme Uber par exemple pourrait utiliser sa géolocalisation sans avoir à charger les cartes de Google Maps.

Cela pourrait permettre à l’App Gallery de Huawei de s’étoffer et de rendre les futurs smartphones de la marque compatibles avec les applications les plus plébiscités sur le système. La firme de Shenzhen travaille étroitement avec les développeurs afin de proposer ainsi des alternatives dans le monde entier. On commence déjà à voir apparaître certaines applications jugées comme « indispensables » pour certains, comme Snapchat et Twitter, tandis que Facebook et Instagram ne devraient plus tarder.

L’éducation des utilisateurs

Le deuxième point qui permettra à Huawei de s’en sortir est l’éducation des utilisateurs. En effet, même sans Google Play Store, il est possible de retrouver ses applications préférées sur un Huawei Mate 30 Pro, pour ne citer que lui. L’équipe de communication de Huawei prend donc le temps d’expliquer sur son site comment profiter des services des 150 applications les plus téléchargées du Play Store, que ce soit en passant par le navigateur, en l’installant depuis une boutique tierce ou en la transférant depuis un autre téléphone.

Un rude combat

Une telle situation aurait certainement anéanti la plupart des constructeurs, mais Huawei est peut-être l’un des rares, si ce n’est le seul, à pouvoir s’en relever un jour. Tout d’abord, le marché européen est un marché de croissance pour Huawei qui enregistre l’essentiel de son chiffre d’affaires dans son pays natal (où les services de Google n’ont jamais été disponibles), permettant ainsi d’assurer la stabilité économique qui servira de base à cette éventuelle relance.

Une alternative viable à l’écosystème de Google ?

Ensuite, le hardware de Huawei peut faire la différence et beaucoup seront prêts à se passer de quelques applications pour en profiter. Enfin, ce coup de pression du gouvernement Trump a également effrayé d’autres marques, comme Oppo, Vivo et Xiaomi, qui sont prêtes à travailler ensemble pour lancer un écosystème fort qui serait capable, sur le long terme, de proposer une alternative viable à celui de Google.

Finalement, cette affaire aura peut-être permis d’émerger à la future alternative à Google et Apple…

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