Windows 11 : le grand n’importe quoi est de retour chez Microsoft

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Conférence ratée, communication qui part dans tous les sens : le Microsoft que l'on croyait disparu a ressurgi cette semaine. Retour sur la présentation de Windows 11 et les problèmes de communications de Redmond.

Windows 11 : le grand n’importe quoi est de retour chez Microsoft

Entre une conférence criblée de problèmes et des messages contradictoires sur la configuration demandée, on en oublierait presque que Windows 11 a été présenté cette semaine avec une bardée de nouveautés intéressantes. Intégration du cloud gaming ou de Microsoft Teams à l’ère du télétravail, amélioration de l’ergonomie et refonte de l’interface : cette nouvelle version de Windows semble avoir beaucoup pour plaire.

Pourtant, on est désormais plutôt occupé à comprendre si l’on pourra ou non un jour l’installer sur nos PC. Il est temps de revenir sur ce moment de communication raté si typique de Microsoft.

Microsoft ne sait pas présenter Windows en 2021

Revenons d’abord sur la conférence de présentation en elle-même. Ce n’est pas le plus important finalement, car c’est un événement que l’on pourra vite oublier et que le très grand public ne verra jamais. Cela dit, c’est déjà le signe d’un problème du côté des équipes de Windows.

Microsoft a diffusé sa conférence uniquement depuis son site web, sans passer par des services populaires comme YouTube ou Twitch. Pourtant, même Apple propose désormais de suivre ses keynotes sur ces services, et on connait la fermeture légendaire d’Apple quand il s’agit d’utiliser des services externes.

La conférence a eu des problèmes techniques, ici mis en avant par le flux de Cnet

La conférence a eu des problèmes techniques, ici mis en avant par le flux de Cnet

Résultat des courses, le flux n’a pas tenu et a connu des problèmes de diffusion à plusieurs reprises. Au-delà de ces problèmes techniques, la forme de la conférence n’était pas du tout chaleureuse. Panos Panay qui supervise Windows et Surface chez Microsoft évoquait maladroitement des souvenirs de sa maison avec des trémolos dans la voix tout en parlant depuis une pièce virtuelle grise et froide, ce qui n’était guère convaincant. On est loin de ce que les concurrents peuvent proposer. Surtout, on est même loin de ce que Xbox, pourtant une autre division de Microsoft, peut proposer. Le contraste entre la meilleure conférence Xbox de son histoire lors de l’E3 2021 une semaine auparavant était très marquant.

PC Health Check et configuration minimale : des brouillons en ligne

Mais les problèmes autour de Windows 11 sont surtout survenus après la conférence, quand Microsoft a mis en ligne un outil nommé PC Health Check et la configuration minimale nécessaire pour installer le système. D’abord, le logiciel en question n’était pas finalisé. De l’aveu même du responsable sur Twitter Steve Dispensa, il sera continuellement mis à jour dans les semaines à venir pour en améliorer la fiabilité et clarifier les messages expliquant les problèmes de compatibilité avec Windows 11. Comme on va le voir, l’utilisation de Twitter par les responsables de Microsoft est une autre clé de ces problèmes de communications.

Sorry for the irritating experience! We're going to improve the PC Health Check app over the next couple of weeks. Hopeful that the first update will be out tomorrow.

— Steve Dispensa (@dispensa) June 25, 2021

On avoue ne pas comprendre pourquoi Microsoft a mis en ligne un logiciel de test de compatibilité avec Windows 11 qui n’est pas prêt alors que rien ne presse. Rappelons que Windows 11 ne doit sortir qu’à la fin de l’année. Microsoft aurait donc eu tout le temps pour assurer un usage clair et précis de son logiciel de test.

Les trois configurations minimales de Windows 11

Même problème pour la configuration minimale. Microsoft a déjà publié trois versions différentes de la configuration demandée par Windows 11.

On a d’abord la configuration minimale requise indiquée sur le site de Windows 11. Elle indique une liste de processeurs compatibles et la nécessité d’avoir TPM 2.0 (voir notre dossier dedié au TPM).

Windows 11 configuration minimale version 1.0

Windows 11 configuration minimale version 1.0

Microsoft a également mis en ligne une documentation publique où elle dessinait cette fois deux types de configurations requises. La première était la configuration minimale nécessaire pour Windows 11 et demandait TPM 1.2. Autrement dit, sans TPM 1.2, Windows 11 refusait de s’installer. Le second niveau de configuration mentionnait la liste des processeurs compatibles et TPM 2.0. Les PC situés entre les deux niveaux devaient permettre d’installer Windows 11, mais avec un message d’avertissement.

La documentation de Microsoft sur la configuration requise pour Windows 11

La documentation de Microsoft sur la configuration requise pour Windows 11

Cette notion de deux niveaux de recommandations a aujourd’hui disparu des documents de Microsoft. La firme a mis à jour tous ses sites pour unifier la configuration requise pour installer Windows 11. Cette nouvelle version reprend celle du site officiel : TPM 2.0 obligatoire et liste de processeurs restreinte.

Windows 11 : le grand n’importe quoi est de retour chez Microsoft

Si Microsoft persiste avec cette configuration, cela signifie que même des produits Surface toujours en cours de commercialisation ne sont pas supportés par Windows 11. On parle en effet d’une configuration minimale qui laisse de côté les PC équipés de processeurs antérieurs à 2017.

Quand les employés échappent à la communication

Et c’est là que l’on arrive dans le grand n’importe quoi. Depuis la conférence, Microsoft n’a pas repris la parole sur son blog officiel ou par communiqué de presse. À la place, ce sont les employés de Microsoft qui prennent la parole sur Twitter. Or la communication est un métier et ce n’est pas tout à fait celui des ingénieurs, pourtant experts dans leurs domaines.

David Weston, responsable de la sécurité des OS chez Microsoft, s’est ainsi exprimé sur Twitter tout au long de la journée du 25 juin. Il expliquait aux internautes que tous les processeurs intègrent le TPM depuis 5 à 7 ans et que dans le pire des cas, il « suffit d’aller dans les paramètres UEFI » pour activer le TPM. Une opération qui échappera aisément à l’essentiel de la population.

1.2 is the hard requirement, we warn if you have it (e.g. due to SHA1) but install.

— DWIZZZLE (@dwizzzleMSFT) June 25, 2021

Il a surtout occupé une partie de la journée du 25 juin à rassurer les gens en expliquant que le TPM 1.2 était suffisant. Un élément sur lequel Microsoft est revenue depuis donc. Les informations sont donc complètement contradictoires et le message devient extrêmement confus.

On a le responsable de la sécurité de l’OS qui explique pendant toute une journée que le TPM 1.2 est suffisant, avant que l’éditeur de l’OS n’explique que le TPM 2.0 est le minimum requis. Qui est responsable de quoi finalement et comment sont prises les décisions ? Pourquoi Microsoft ne peut clairement dès le départ expliquer quels sont les prérequis techniques sans changer de fusil d’épaule plusieurs fois en 48 heures ?

Microsoft doit désormais justifier l’injustifiable

Mettons de côté le sujet très technique de la compatibilité TPM, il y en a un bien pire, c’est l’histoire de la liste des processeurs. Depuis la dernière mise à jour de la configuration minimale, les responsables de Microsoft sont claires : Windows 11 refusera de s’installer sur les machines dont le processeur n’est pas dans la shortlist de Microsoft.

Yep, these lists (Intel, AMD, and Qualcomm) are the currently supported CPUs. The lists will evolve over time, of course, but these are the supported CPUs.https://t.co/Y26xrKvg8g

— Steve Dispensa (@dispensa) June 26, 2021

Sur le papier, toutes les machines datant d’avant 2017, et parfois des machines plus récentes comme le Surface Studio 2, seraient laissées de côté. Pourtant, la version en fuite de Windows 11 était capable de tourner sur beaucoup d’anciennes machines sans problèmes. Alors pourquoi Microsoft veut-il limiter la compatibilité de son système ?

Sur Twitter, David Weston explique que les processeurs sont sélectionnés sur des critères de qualité, de performances, de support et de fiabilité.

Windows 11 : le grand n’importe quoi est de retour chez Microsoft

Sur le critère des performances plus précisément, il explique que Microsoft ne se base pas sur l’évaluation du processeur avec un simple benchmark (CPUmark) mais privilégie plutôt les données recueillies sur les machines en télémétrie.

Windows 11 : le grand n’importe quoi est de retour chez Microsoft

Une explication qui a bien du mal à passer quand des processeurs à très basse performance, comme un Intel Atom ou un Intel Celeron, sont officiellement gérés par Windows 11, mais pas un Intel Core i7 de 7e génération pourtant beaucoup plus véloce. On a bien du mal à imaginer quelles données de télémétrie pourraient rendre un Intel Celeron plus valide qu’un Intel Core i7.

Si l’on prend un exemple plus précis, la Surface Go avec son Intel Pentium 4415Y n’est pas officiellement dans la liste de Windows 11, alors que la Surface Go 2 et son Intel Pentium 4425Y est bien présente. Seule différence entre ces deux processeurs basé sur l’architecture Kaby Lake ? 0,1 GHz en plus sur la Surface Go 2.

Et si Microsoft change une nouvelle fois de partition pour expliquer l’abandon de ces PC, il faudra expliquer la confusion avec les propos des employés sur les réseaux sociaux. Et si Microsoft change d’avis sur la configuration minimale, il faudra revenir en arrière sur tous ces arguments publiquement.

L’ombre du lancement de la Xbox One

Ces problèmes de communications pourraient rappeler les mauvais lancements de Windows Vista en son temps, Windows 8 plus récemment ou des différentes versions de Windows Phone. Cela rappelle surtout la présentation catastrophique de la Xbox One en 2013.

Windows 11 : le grand n’importe quoi est de retour chez Microsoft

On retrouve les mêmes ingrédients : Microsoft diffuse une conférence qui déçoit beaucoup de monde et envoi un message confus concernant l’obligation d’utiliser la Xbox One avec une connexion Internet. Puis la firme ne reprend plus officiellement la parole par communiqué de presse et laisse des responsables comme Don Mattrick répondre directement aux journalistes. C’est là qu’est née une réponse devenue célèbre chez les joueurs : « heureusement, nous avons un produit pour ceux qui n’ont pas la bonne connexion, il s’appelle la Xbox 360 ». Microsoft fera par la suite marche arrière et changera complètement de stratégie, perdant toute l’avance gagnée avec la génération Xbox 360.

Un responsable de Microsoft va-t-il oser indiquer que le bon produit est Windows 10 pour celles et ceux qui ont un PC non compatible Windows 11 ? On n’en est pas loin. On se demande si l’équipe en charge de Windows ne devrait pas s’inspirer des enseignements de la division Xbox gagnés au fil des années. En janvier 2021, Xbox a tenté d’augmenter les prix du Xbox Live Gold et a su faire marche arrière en quelques heures seulement avec une grande maitrise de sa communication.

L’art de se mettre des bâtons dans les roues

Que faut-il tirer de ce moment ? D’abord que Microsoft est toujours incapable d’assurer ses temps de communication forts. Rappelons que la valeur du groupe a dépassé les 2000 milliards de dollars en bourse. Surtout, Microsoft va devoir reprendre la parole pour expliquer clairement pourquoi Windows 11 impose de tels niveaux technologiques. Les responsables de la firme ont déjà promis un nouvel article de blog, probablement en début de semaine prochaine. Au moment où ces lignes sont écrites, Microsoft n’a pas encore justifié pourquoi son Surface Studio à 4000 euros, toujours en vente, ne sera pas compatible Windows 11.

Mais si tout cela se confirme, si Microsoft persiste dans cette direction avec Windows 11, on peut surtout s’interroger sur le succès de ce futur système d’exploitation. Avec Windows 10, Microsoft avait mis toutes les chances de son côté pour en faire un succès : mise à jour gratuite et très large compatibilité avec le matériel existant. Pour Windows 11, Microsoft semble reprendre le chemin d’une fragmentation de son parc installé.

D’autant que les futurs clients ne sont pas au bout de leurs surprises. Entre l’obligation d’activer le Secure Boot et d’utiliser un compte Microsoft pour se connecter à sa session Windows, la nouvelle mouture du système d’exploitation n’a pas fini de faire grincer des dents.


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