5G et environnement : une augmentation des usages, mais sous surveillance

 

Ce mardi, le Sénat accueillait une table ronde autour de la 5G où membres de l'Arcep, de l'Ademe, des opérateurs et des associations ont pu échanger sur les risques potentiels du nouveau réseau sur l'environnement.

La 5G pourrait polluer davantage en ajoutant des antennes tout en conservant les réseaux 2G et 3G actuels

La 5G pourrait polluer davantage en ajoutant des antennes tout en conservant les réseaux 2G et 3G actuels

Depuis quelques semaines, les interventions publiques se font de plus en plus nombreuses au sujet de potentiels risques de la 5G pour l’environnement. Alors que le Sénat a publié un rapport visant notamment à interdire les données illimitées et que l’Arcep souhaite désormais pouvoir contrôler le bilan carbone des opérateurs, le sujet était sur la table ce vendredi.

En effet, la Commission de l’aménagement du territoire et du développement durable de la haute assemblée organisait une table ronde entre différents acteurs sur le sujet. L’occasion de poser les bases d’un sujet pour le moins complexe.

Pas de moratoire sur la 5G avant l’attribution des fréquences

Il faut dire que le 25 juin dernier, la Convention citoyenne pour le climat remettait un rapport de 150 propositions écologiques au gouvernement. Sur ces 150 propositions, Emmanuel Macron a décidé d’en apporter 146, mais en a rejeté quatre autres, dont un moratoire pour la 5G. L’exécutif tient donc à ce que les attributions de fréquences 5G en France soient maintenues pour la fin du mois de septembre, un calendrier mis en place de longue date avec l’Arcep et maintes fois repoussé.

Une position difficile à tenir pour Stéphen Kerckhove, directeur général de l’association Agir pour l’environnement qui a déposé un recours au Conseil d’État afin de repousser la date d’attribution des fréquences : « On aime bien que les conclusions ne soient pas écrites à l’avance. Je vois mal le sens d’accorder les fréquences entre le 20 et le 30 septembre quelles que soient les conclusions des rapports ». Il faut dire que d’ici là, de nombreux rapports doivent être remis et plusieurs autorités administratives doivent évaluer les potentiels effets de la 5G sur l’environnement. C’est le cas notamment de l’Arcep, en collaboration avec l’Ademe, l’agence de la transition énergétique. « Ce rapport remis en fin d’année sera l’occasion de faire des propositions. Il faudra se poser la question de mesures pour que nous puissions surveiller, inciter et contraindre les opérateurs », a précisé Sébastien Soriano. Mathieu Weill, chef du service de l’économie numérique au ministère de l’Économie, indique pour sa part que le gouvernement s’est déjà plongé dans le sujet de l’impact environnemental du numérique :

À la demande du gouvernement, le Conseil national du numérique doit remettre un rapport sur le sujet dans les jours qui viennent. Une saisine de l’Arcep et de l’Adem est en préparation sur l’impact des réseaux.

Des infrastructures plus gourmandes, mais plus rapides

Malgré les propositions de la Convention citoyenne pour le climat, il n’est donc pas question de repousser le calendrier de la 5G. Pourtant, il semble que bien des questions se posent au sujet des implications environnementales de la nouvelle génération de réseau mobile. La première est la consommation en elle-même des infrastructures. Selon Hugues Ferreboeuf, directeur du groupe de travail « Lean – ICT » du think-tank The Shift Project, le risque est de voir une explosion de la dépense énergétique des opérateurs dans les années à venir. Il prévoit même une « augmentation de la dépense énergétique des opérateurs par 2 ou 2,5 d’ici quelques années s’il s’agit d’avoir en 5G le même degré de couverture géographique qu’en 4G ».

En plus de la consommation plus importante des antennes 5G — qui consommeront 3 fois plus d’électricité qu’une antenne 4G selon Orange et Bouygues, pour 15 fois plus rapide — la question qui se pose est également celle de la pérennité des réseaux précédents. « On va rajouter des équipements et des antennes. On ne supprime pas la consommation des réseaux existants. On peut penser que la 2G devrait disparaître un jour. On devrait parler également de démantèlement de la 2G », demande ainsi Hugues Ferreboeuf. Une proposition à laquelle Sébastien Soriano, président de l’Arcep, se dit ouvert :

Oui on peut éteindre la 2G et la 3G. C’est un sujet sur lequel nous devons travailler avec le secteur. Peut-être plutôt la 3G dans la mesure où beaucoup de nos concitoyens utilisent des appareils 2G pour se connecter au réseau

Une augmentation à venir des usages

Outre les infrastructures en elles-mêmes, l’autre risque posé par la 5G est l’augmentation des usages, avec davantage de données consommées alors que la 4K, puis la 8K sera plus accessible, tout comme le jeu en streaming ou la réalité virtuelle. Une explosion à venir de la consommation vidéo sur Internet qui inquiète également l’association Agir pour l’environnement : « La 5G c’est le streaming, la voiture autonome, l’Internet des objets. Nous sommes à la veille d’une explosion des transmissions de données ». Il faut dire que ces données représentent déjà 80 % des contenus consultés sur Internet et qu’elles pourraient encore augmenter. Surtout, elles sont particulièrement consommatrices en énergie, notamment pour le stockage des fichiers dans les data centers. Notons néanmoins que malgré des contenus de plus en plus lourds depuis 20 ans, les data centers ont su garder une consommation électrique stable.

Enfin, la dernière question abordée par les participants à la table ronde concerne le sujet des terminaux, et donc notamment des smartphones. Là aussi, les différents membres se sont inquiétés de ce que Hugues Ferreboeuf qualifie d’« obsolescence ressentie » par les usagers, alors que les téléphones 4G ne seront pas compatibles 5G. Il craint notamment que les consommateurs ne jettent leurs anciens smartphones pour se précipiter vers des modèles compatibles. Si Nicolas Guérin, président de la Fédération française des télécoms et secrétaire général d’Orange, se veut rassurant, arguant que « 44 % de l’empreinte du numérique est due à la fabrication des terminaux et au réseau », contre 56 % des usages, et que « les opérateurs essaient de travailler sur des téléphones écoresponsables et travaillent sur le recyclage des terminaux », cela n’a pas convaincu Stéphen Kerckhove d’Agir pour l’environnement : « les portables sont recyclées autour de 10 % et on n’arrive pas à aller au-delà ».

L’Arcep souhaite un pouvoir de contrôle écologique des opérateurs

Pour l’heure, les opérateurs et l’exécutif comptent donc avancer à marche forcée vers l’attribution des fréquences 5G, quels que soient les avis rendus dans les prochains mois par le Conseil national du numérique ou l’Ademe et l’Arcep. Du côté du gendarme des télécoms, Sébastien Soriano a cependant tenu à rappeler l’ambition de l’autorité qu’il préside, à savoir passer du contrôle de la concurrence, de l’aménagement du territoire et de la neutralité du Net à un contrôle environnemental des opérateurs : « Nous sommes un régulateur qui peut travailler avec ce marché pour apporter une certaine exigence ». Un appel qui a été entendu par les sénateurs qui seront invités à se prononcer prochainement pour fournir à l’Arcep les outils d’incitation, de surveillance et de contrainte écologique à l’égard des opérateurs mobiles, notamment sur la 5G.

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