Android, c’est un écosystème ouvert, populaire et libre. Bref, Android ce n’est que de l’amour. Mais aux yeux de Google, c’est également une affaire qui doit tourner et rapporter de l’argent. Justement, comment notre OS préféré réussit-il à participer aux revenus que génère la multinationale. On vous explique tout cela ici.

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Android est le système d’exploitation le plus populaire au monde avec 2,3 milliards d’utilisateurs. Or, l’une des grosses particularités de cet OS est qu’il a une base open source appelée AOSP (Android Open Source Project). Autrement dit, n’importe quel développeur peut avoir accès au code source d’Android et se baser librement dessus pour créer une nouvelle interface. Et en plus d’être libre, c’est également gratuit.

Sauf que Google n’est pas une association à but non lucratif et je ne vous ferai pas l’affront de vous rappeler les activités tentaculaires de la multinationale qui cherche évidemment à être rentable. Or, le développement d’Android coûte beaucoup d’argent. On peut donc se demander si la firme de Mountain View perd de l’argent à cause de son bonhomme vert. Enfonçons tout de suite les portes ouvertes : la réponse est non.

Mais il est tout de même très intéressant d’observer le modèle économique assez particulier de ce système d’exploitation, et nous avons abordé cette problématique récemment au détour d’une conversation avec un responsable de Google. Suite à cet échange, nous vous transmettons, dans les lignes qui suivent, ce qu’il faut retenir de ce sujet.

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Google gagne de l’argent par l’intermédiaire d’Android, mais de manière indirecte. C’est par le biais d’accords mis en place avec les constructeurs sur l’utilisation de sa suite d’applications que l’entreprise aux quatre couleurs trouve son compte. Énoncé ainsi, le sujet peut paraître complexe, mais soyez rassurez, c’est plutôt simple à comprendre.

Pour y voir clair, il vous faudra retenir deux acronymes : AFA et MADA.

Afabuleux

AFA signifie Anti fragmentation agreement. Il s’agit d’un accord que Google met en place avec la grande majorité des entreprises se servant d’AOSP pour concevoir leurs logiciels. En signant celui-ci, les constructeurs s’engagent à faire en sorte que leurs terminaux soient toujours compatibles les uns avec les autres — une aubaine pour les développeurs. Autrement dit, c’est en grande partie grâce à l’AFA qu’une application mobile peut fonctionner de la même manière sur un Nokia 1, un Honor 9 Lite ou un Samsung Galaxy S9 (sans prendre en compte les performances des différents téléphones évidemment).

Ce n’est pas ici que Google gagne de l’argent, mais cet accord permet au géant du web d’éviter que chaque constructeur ne s’enferme dans son propre écosystème fermé sans pour autant les empêcher de créer des interfaces maison comme EMUI, MIUI, OxygenOS, Samsung Experience, etc. Cela participe grandement au fait que l’OS tourne sur des milliards d’appareils, ce qui le rend presque incontournable.

Précisons que quelques entreprises utilisent AOSP sans signer l’AFA, à l’instar d’Amazon qui a ainsi pu créer FireOS où une grande partie des applications Android ne sont pas compatibles. L’entreprise de Jeff Bezos préfère en effet miser sur son propre écosystème.

Are you mada ?

Une fois l’AFA signé, vient ensuite le MADA — pour Mobile Application Distribution Agreement –, et c’est là que le développement d’Android devient rentable. Cet accord englobe beaucoup de choses, mais le point le plus important concerne la suite d’applications de Google.

Quand un constructeur de smartphones Android souhaite préinstaller toutes les apps Google sur ses appareils (Maps, Play Store, YouTube, Chrome, etc.), il doit signer le MADA. Il faut toutefois rappeler une petite nuance souvent oubliée : un fabricant signant cet accord n’est pas légalement obligé de préinstaller lesdites applications. Mais s’il veut les voir embarquées sur ne serait-ce qu’un seul de ses modèles, il ne peut se soustraire au MADA.

En outre, le constructeur ne peut pas trier : soit il prend le package complet des onze applications, soit il n’en a aucune. Le MADA est primordial pour Google car l’entreprise perçoit des revenus publicitaires sur ses applications. En faisant en sorte que celles-ci soient présentes sur un grand nombre de terminaux, la multinationale touche évidemment plus d’argent.

 

Pour résumer, sur le papier, Google n’oblige personne à installer les applications qui lui rapportent des sous. Cependant, il est difficile d’imaginer un smartphone grand public commercialisé dans les marchés occidentaux se priver par défaut de services comme YouTube, Maps ou Gmail (c’est toutefois assez courant dans des pays comme la Chine ou la Russie). Un constructeur aurait assez peu d’intérêt à faire l’impasse dessus, et ce même s’il propose des alternatives (ex : Samsung Internet Explorer qui cohabite avec Chrome).

Cela n’empêche pas la Commission européenne d’accuser Google d’abus de position dominante sur Android. La firme de Mountain View a fait appel, mais pourrait être amenée à opérer divers changements en profondeur dans le fonctionnement d’Android pour être conforme aux exigences de l’institution.

Il est intéressant également de souligner que le MADA contient une clause d’ouverture forçant les constructeurs à autoriser l’installation d’applications depuis des sources externes (site du développeur, APK…). Cela n’a pas grand-chose à voir avec notre sujet du jour, mais valait quand même le coup d’être mentionné.

Ce qu’il faut retenir

Le modèle économique d’Android ne repose pas sur Android lui-même, car personne ne paie pour utiliser le système d’exploitation. Sauf que l’OS est très répandu et les applications Google sont devenues quasi inévitables. La firme de Mountain View peut ainsi se reposer sur cet équilibre qu’elle a créé et même si 100 % des appareils Android ne lui rapportent pas forcément quelque chose, on se doute que le tableau global est très certainement très fructueux pour elle.

À noter que Google amasse des revenus également grâce à ses clients G Suite et aux commissions perçues sur le Play Store. Une affaire qui tourne bien, en somme.

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