iPhone : même les États-Unis accusent Apple de monopole illégal, voici pourquoi

 
Le ministère amĂ©ricain de la Justice poursuit Apple et accuse l’entreprise d’avoir un monopole illĂ©gal sur le marchĂ© des smartphones avec ses iPhone. Il s’agit d’une nouvelle affaire pour pratiques anticoncurrentielles pour Apple, alors que la sociĂ©tĂ© a dĂ» rĂ©cemment se plier aux exigences du Digital Markets Act en Europe.
L'iPhone 15 pour illustration
L’iPhone 15 pour illustration // Source : ChloĂ© Pertuis – Frandroid

C’est un nouveau coup de tonnerre qui frappe Apple : la firme est une nouvelle fois poursuivie en justice aux États-Unis pour monopole illĂ©gal. Cette fois-ci, ce n’est rien de moins que le ministère amĂ©ricain de la Justice et 16 procureurs gĂ©nĂ©raux d’États et de districts qui en sont Ă  l’origine. Ce qu’ils visent, c’est plus particulièrement le marchĂ© des smartphones, encore plus dominĂ© par l’iPhone outre-Atlantique que chez nous.

Pourquoi Apple est accusé de détenir un monopole illégal avec son iPhone

Ce que dĂ©nonce le « Department of Justice » et les 16 procureurs gĂ©nĂ©raux, c’est avant tout l’avarice d’Apple et sa façon de rĂ©pondre Ă  ses pulsions financières. Par ses pratiques, Apple ferait grimper les prix pour les consommateurs et les dĂ©veloppeurs, en les rendant dĂ©pendants de l’iPhone. Les utilisateurs n’auraient pas accès Ă  toutes les fonctionnalitĂ©s de leur appareil et les dĂ©veloppeurs se verraient imposer des restrictions contractuelles sĂ©lectives, c’est-Ă -dire non Ă©galitaires en fonction de qui ils sont.

Le ministère de la Justice a prĂ©cisĂ© dans un communiquĂ© de presse, relayĂ© par The Verge, que « Apple exerce son pouvoir de monopole pour soutirer davantage d’argent aux consommateurs, aux dĂ©veloppeurs, aux crĂ©ateurs de contenu, aux artistes, aux Ă©diteurs, aux petites entreprises et aux commerçants, entre autres ».

Apple iPhone 15 et 15 Plus // Source : ChloĂ© Pertuis – Frandroid

Les explications sont heureusement plus prĂ©cises que ça. Apple restreindrait les possibilitĂ©s offertes aux « super-applications », qui rassemblent plusieurs fonctionnalitĂ©s alors qu’elles pourraient permettre de passer d’un iPhone Ă  un appareil concurrent.

Ce qui est mis en cause, c’est aussi le fait qu’Apple bloque les applications de cloud gaming, puisqu’il faut passer par le navigateur pour jouer sur le Xbox Game Pass Ultimate ou sur le Nvidia GeForce Now. Ce qui dĂ©range les procureurs et le ministère, c’est aussi la compatibilitĂ© pas assez grande entre les messages sur l’iPhone et sur les smartphones Android. Le mot n’est pas lancĂ©, mais on parle lĂ  des fonctionnalitĂ©s et peut-ĂŞtre des fameuses bulles vertes ou bleues.

Source : ChloĂ© Pertuis – Frandroid

Apple limiterait par ailleurs les fonctionnalitĂ©s des montres connectĂ©es qui ne sont pas des Apple Watch avec les iPhone. D’un autre cĂ´tĂ©, l’entreprise est accusĂ©e de « faire en sorte qu’il soit plus difficile pour les utilisateurs de l’Apple Watch de passer de l’iPhone Ă  un autre smartphone en raison de problèmes de compatibilité ». Enfin, ce qui est mis en cause, c’est le fait qu’Apple empĂŞcherait les dĂ©veloppeurs de crĂ©er des Ă©quivalents Ă  Apple Pay pour utiliser la fonction « tap-to-pay » des smartphones de la marque Ă  la pomme.

Enfin, la plainte affirme plus gĂ©nĂ©ralement que « le comportement d’Apple va au-delĂ  de ces exemples, affectant les navigateurs web, la communication vidĂ©o, les abonnements aux actualitĂ©s, les divertissements, les services automobiles, la publicitĂ©, les services de localisation, et bien plus encore. »

La rĂ©ponse d’Apple Ă  ces accusations

C’est dans un communiquĂ© que le porte-parole d’Apple Fred Sainz a rĂ©pondu aux accusations lancĂ©es par le ministère de la Justice. Pour l’entreprise donc, cette action en justice « menace ce que nous sommes et les principes qui permettent aux produits Apple de se dĂ©marquer sur des marchĂ©s extrĂŞmement concurrentiels. » Elle considère que sans ses pratiques, elle ne pourrait dĂ©velopper ses technologies et ses services.

Si Apple venait Ă  ĂŞtre condamnĂ©e, cela « crĂ©erait Ă©galement un dangereux prĂ©cĂ©dent, en permettant au gouvernement d’intervenir lourdement dans la conception de la technologie ».

Des accusations qui remontent déjà à plusieurs années

Les procès pour abus de position dominante, Apple commence Ă  y ĂŞtre habituĂ©e : il y en a mĂŞme plusieurs en Europe. En rĂ©alitĂ©, l’affaire avec le dĂ©partement amĂ©ricain de la justice remonte Ă  l’ouverture d’une enquĂŞte en 2019. On peut considĂ©rer alors que les attaquants ont des Ă©lĂ©ments de dossier suffisamment solides pour intenter une action contre Apple. Comme le prĂ©cise Reuters, le dossier d’attaque comprend 88 pages et vise Ă  « libĂ©rer les marchĂ©s des smartphones du comportement anticoncurrentiel et d’exclusion d’Apple et Ă  rĂ©tablir la concurrence afin de faire baisser les prix des smartphones pour les consommateurs, de rĂ©duire les frais pour les dĂ©veloppeurs et de prĂ©server l’innovation pour l’avenir » pour le ministère de la Justice.

Caricature d'Apple sur Fortnite
Source : Epic Games

Par ailleurs, cela fait des annĂ©es que les dĂ©veloppeurs d’applications se plaignent des conditions imposĂ©es par Apple pour pouvoir commercialiser ses applications sur l’App Store. Pour les plateformes proposant des abonnements payants, elles doivent verser des commissions de l’ordre de 15 Ă  30 % Ă  Apple : mĂŞme chose pour les micro-transactions. Par ailleurs, certaines applications d’Apple sont mises en avant sur l’iPhone et sur l’App Store au dĂ©triment de leurs concurrentes sur ce magasin : c’est le cas typique d’Apple Music.

Ce qui est sĂ»r, c’est que l’affaire va demander beaucoup de temps. Les conclusions du procès ne sont pas Ă  attendre avant potentiellement plusieurs annĂ©es. L’objectif de cette action, selon le procureur gĂ©nĂ©ral adjoint Jonathan Kanter, spĂ©cialisĂ© dans la lutte contre les monopoles, est aussi d’Ă©viter qu’Apple recoure aux mĂŞmes pratiques sur d’autres marchĂ©s. D’ailleurs, le cours en bourse d’Apple a dĂ©jĂ  baissĂ© de 3,5 % depuis l’annonce de cette action en justice.

Une affaire qui rĂ©sonne avec l’actualitĂ© en Europe : le Digital Markets Act est lĂ 

Ce qui frappe, c’est Ă  quel point les accusations Ă  l’encontre d’Apple rĂ©sonnent au sein de l’Union europĂ©enne. Ce 7 mars, le Digital Markets Act (ou DMA) est entrĂ© en application sur le Vieux Continent. Cette nouvelle lĂ©gislation europĂ©enne vise Ă  rĂ©guler les marchĂ©s numĂ©riques et plus prĂ©cisĂ©ment les pratiques anticoncurrentielles. Apple fait partie des quelques entreprises qui doivent respecter des règles plus contraignantes, du fait de sa position monopolistique ou quasi monopolistique selon les marchĂ©s.

Pour aller plus loin
Apple : tout ce qui change sur l’iPhone en Europe

Tant et si bien qu’Apple doit effectuer de lourds changements sur l’iPhone, qui concernent l’App Store, Apple Pay, WebKit, l’installation d’applications sur l’iPhone, le cloud gaming ou encore les navigateurs web. Si l’action en justice est remportĂ©e par le ministère amĂ©ricain de la Justice, alors cela pourrait aboutir Ă  des textes de loi similaires au DMA. C’est lĂ  que l’Union europĂ©enne pourrait provoquer un « effet Bruxelles » : son DMA pourrait bien influencer la politique amĂ©ricaine.


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